Phrase du jour : des mouches et des noeuds

L’aïkido in situ consiste  à marcher naturellement en chassant les mouches, tout en faisant, à l’occasion, des nœuds dans l’espace.

– Et vous avez attendu sept mois, sans déposer de billet sur votre blog, pour nous dire ça… ?

– En plus, je crois que je me répète. Attendez… oui, c’était le 10 mars 2012, j’avais écrit : « observez, par exemple, comment nous chassons spontanément une mouche qui vient se poser sur notre front… Si votre mental est neutre, votre geste sera simple, léger, économe. En revanche, si votre mental est crispé, alors votre geste ne sera ni simple, ni léger, ni économe, mais excessif et dispendieux en énergie. » (ici) Donc, c’est pire que ce que je pensais.

– Pire ? Que voulez-vous dire ?

chasser une mouche banane

– Non, pas comme ça, évidemment. Plutôt comme ça :

Ueshiba geste simple

– Ou encore plus spontané, inconscient, presque désinvolte, hors de tout contexte martial :

Ueshiba doigt levé

– C’est bien le fondateur de l’aïkido ?

– Oui, c’est lui.

– Il semble expliquer quelque chose.

– En effet, mais il ne dit rien. Il lève la main, le doigt érigé, mais il ne dit rien.

– Que faut-il comprendre ?

– Demandez plutôt ce qu’il faut regarder.

– Et que faut-il regarder ?

– C’est une leçon pratique d’attention.

– Pourquoi ?

– Parce que tout le monde regarde le doigt levé.

– Et… ?

– Moins nombreux sont ceux qui prêtent attention au reste de son corps.

– Ok. Et… quel rapport avec les mouches ?

– Pour les chasser correctement, il faut avoir les pieds sur terre. Autrement dit, il faut être dans la gravité, en contact avec le centre de la Terre, enraciné. C’est le cas de Ô senseï Ueshiba. Le geste lui-même sera très léger, mobile et spontané.

– Et quant aux nœuds…?

– Ah oui, les nœuds…

noeuds

– … Vous avez là, en gros, toutes les techniques d’aïkido. Les nœuds représentent donc, très concrètement, les chemins suivis pour canaliser les flux, déséquilibrer, contrôler ; et le geste de « chasser la mouche » exprime la sensation de détente corporelle, d’immédiateté, et de fusion du corps et de l’esprit dans le geste. La forme du nœud permet de chasser la mouche (ou de l’attraper). C’est une vision inspirante.

– Quelque chose à ajouter… ?

– Non. Je vous souhaite une bonne pratique, à 360 degrés.

– Les mouches peuvent venir de partout, c’est ça…

– Elles nous gênent rarement. En revanche, la vie sollicite en permanence nos facultés d’accueil.

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Suganuma : deux vidéos tutorielles de qualité

Morito Suganuma

Morito Suganuma

J’apprécie particulièrement ces deux vidéos tutorielles de Morito Suganuma. Elles sont complètes et permettent aussi bien de réviser les formes techniques pour préparer un dan, que de progresser en observant les détails, quel que soit son niveau.

La première fait 44 minutes, la seconde 58 minutes.

A regarder entre partenaires d’évolution.

Bonne imprégnation !

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Kagura maï : la danse de l’énergie

(Ce billet est un extrait de la fin du billet précédent consacré à la journée portes ouvertes de notre section. J’y ai développé une réflexion autonome sur l’aïkido comme danse, que voici.)

Ueshiba Aïkido

Observez la position pouce-index de la main gauche de maître Ueshiba.

Et si, au contraire, vous vous placiez dans l’état, je dirais presque « affectif », de prendre l’autre dans vos bras, avec vous, contre vous, au moment où il arrive en contact, au rythme où il entre en contact avec vous, et selon son type et son niveau d’énergie ? Ne serait-ce pas une expérience tout autre ? Mais est-ce encore là, alors, une pratique martiale, ou bien une forme de danse de salon, ou je ne sais quelle embrassade amicale ou prise en charge affective ?

Qu’est-ce que l’aïkido ?

Ceci pose et repose, éternellement, la question de ce qu’est une discipline martiale, et plus spécifiquement, dans ce champ de pratique, de ce qu’est l’aïkido, de ce qui fait sa spécificité et son génie propre. Je n’ai jamais été très bon en danse de salon, vraiment pas. Sans doute parce que j’y voyais quelque chose d’un peu désuet, sinon de vain. Pourtant depuis quelques années il m’est apparu comme une évidence qu’il y avait un lien profond entre les danses à deux (voire à plusieurs) et l’aïkido. D’où cette question incidente : existe-t-il des danses à deux dans le Japon traditionnel ? Il y a le buyo, qui est une danse classique de geisha. Le odori, danse folklorique, et son dérivé, le bon-odori, une danse collective à laquelle le public participe. Mais je ne sais pas – les investigations mériteraient d’être plus poussées – s’il existe au moins une danse à deux qui s’exprime sur des modalités comportementales proches de nos danses folkloriques ou « de salon » occidentales, c’est-à-dire sur le mode d’un lien sensible, affectif, sinon, disons-le, de séduction (au moins implicite ; et au moins au sens étymologique de « tirer à l’écart », de « détourner quelque chose de son chemin »… en l’occurrence celui de l’attaque). Des danses où le contact est essentiel, un contact se déployant dans la dimension affective, du moins émotionnelle, par une simulation – plus ou moins formelle, formalisée – d’un rapprochement harmonieux mimant une possible fusion des corps. Pour l’heure, je ne connais aucune danse traditionnelle japonaise qui réponde à ces critères, pourtant familiers depuis des siècles aux occidentaux. Bien entendu, le Japon a été peu à peu acculturé aux danses occidentales (je suppose à partir de la fin du XIXe siècle) et de façon évidente à présent. Si l’on se demande où je veux en venir, c’est très simple : je formule ce qui suit à titre d’hypothèse, et je le fais aussi directement que possible.

La danse de l’énergie

Morihei Ueshiba, Ô senseï, le fondateur et grand maître de l’aïkido, n’aurait-il pas, après ses longues années de pratique de multiples arts martiaux, découvert l’intérêt, la puissance et le potentiel (moral et spirituel) de recontextualiser son expérience martiale, en la faisant passer du côté martial vers le côté  – et là le mot à choisir est un vrai piège ! – … de l’art ? Plus exactement : de l’art spirituel ? Il est aisé de prononcer les mots de « voie spirituelle ». Certains diront que cette hypothèse n’est pas nouvelle, qu’elle est même évidente. On connait la biographie de Morihei Ueshiba, on connait sa fréquentation assidue de la « secte » religieuse Omoto-kyo. On connaît quel personnage « surréaliste » était son leader Onisaburo Deguchi, et quelle forte influence il a eu sur Morihei Ueshiba. On peut considérer que ces gens-là nageaient en plein délire artistico-spiritualiste. On peut aussi considérer, dans le Japon de l’époque (du tout début du XXe siècle) qu’ils furent parmi les premiers à ouvrir certaines pratiques dans le champ de l’émotionnel, de l’affectif – en Europe nous aurions même dit « romantique » – mêlant la sensation du mystère spirituel à des affects jusque là pris en charge dans le cadre de la pratique Shintô ou du Bouddhisme (le bouddhisme Shingon, en l’occurrence, pour Morhei Ueshiba ; le bouddhisme Shingon est la branche ésotérique japonaise du Bouddhisme). Et c’est là que mes lecteurs ont loisir de bondir – mais restez amusés, merci, il s’agit d’une hypothèse ; plaisante quoique sérieuse : « Et si Ô sensei Ueshiba avait inventé la première danse à deux du Japon ? » – Bon sang, ce n’est pas une danse, c’est un art martial, et même une « discipline martiale » ! s’exclame-t-on. Avez-vous déjà vu Ueshiba pratiquer une sorte de danse sacrée, un kagura maï ? Saviez-vous que Ueshiba s’intéressait à la danse vers la fin de sa vie (et qu’il a pratiqué l’aïkido avec des danseuses) ? On peut le voir ici en vidéo réalisant une sorte de « kata » de jo, mais ce n’est pas un kata, en réalité c’est une danse spontanée avec le jo en main, c’est bien un kagura maï, une danse sacrée, à la façon de Ueshiba. La pratique de l’aïkido avec un partenaire pourrait bien être un kagura maï réalisé à deux, avec ce que cela implique de synchronisation physique et émotionnelle, comme toute danse où l’on est deux. Le projet de Ô senseï Ueshiba pourrait bien avoir été de tenter (et de réussir ?) la fusion entre discipline martiale et danse sacrée (à deux). Ce faisant, la violence martiale est désamorcée (c’est une danse), mais il demeure l’ensemble des mouvements du corps et la gestuelle (dont la technicité reste transposable sur le plan martial… puisqu’elle en vient). Nous pouvons observer le même phénomène historique avec la capoeira, art martial dansé d’origine afro-brésilienne. Du temps de l’esclavage des africains au Brésil, les méthodes de combat ont été « maquillées » en danse (sur la base des danses africaines). Au Japon, à la fin de la Seconde guerre et après, les arts martiaux avaient été interdits (par les américains), mais l’aïkido fut le premier art martial dont la pratique fut autorisée. Précisément parce que sa martialité semblait fondue dans les apparences d’une danse inoffensive, dévolue si l’on veut au développement de soi, un peu dans le même esprit que le judo (mais le judo connait des kata, pas des formes « dansées » ; l’aïkido ne connaît pas de kata, mais les pratiques à deux sont comme dansées de manière partiellement formelle ; d’ailleurs la question de la frontière pratique, dans le mouvement, entre formalité et non formalité se pose régulièrement, sauf dans les pédagogies qui ont d’emblée réglé la « chorégraphie » comme du papier à musique, ceci pouvant se comprendre comme étape, il convient donc aussi d’apprendre à s’en déprendre). Nous pourrions épiloguer longuement, avec des spécialistes, pour déterminer s’il s’agit bien d’une danse pour l’aïkido, et dans quelle mesure, et à quel point la dimension martiale perdure ou tend à s’effacer de la pratique.

L’art d’arrondir les angles

Observons avec joie qu’il y a toutes sortes de pratiques possibles de l’aïkido, de celles qui sont dansées (le kinomichi de maître Noro… ? Pas si sûr) à celles qui n’ont plus la moindre once de kagura maï en elles (l’aïkido comme système-automatique-d’engrenages-synchrones, version « montre suisse »). Ces dernières formes de pratique se veulent minimalistes et souvent « pures ». Elles sont totalement centrées sur le jutsu de l’aïkido ; il s’agit en quelque sorte d’aïkijutsu conduit à sa perfection mécanique. Mais l’aïkijutsu, avec le daïto-ryu, est l’ancêtre – comme on dit parfois – de l’aïkido de Ueshiba. Il est toujours délicat de savoir ce qu’il faut perpétuer de ses ancêtres, et ce qu’il faut en améliorer (sans verser dans l’idéologie ambiante et factice d’un nécessaire, irrépressible et soit disant logique « progrès technique »). Par ailleurs, l’aïkido de maître Ueshiba continuait d’évoluer dans ses dernières années. Ueshiba allait passer, nous disent les témoins et les historiens, à l' »aïkido de sumikiri« . Sumikiri veut dire précisément « couper les coins », c’est-à-dire : « action de tailler les quatre angles d’un carré » ; bref, pour nous autres francophones, il est une expression parfaitement adéquate pour la traduction de « sumikiri », et comprise de tous : arrondir les angles ! Lorsqu’il n’y aura plus d’angles et plus que des spirales, lorsque nous saurons spontanément convertir les uns dans les autres, tout ceci étant réalisé dans le flux vital de l’instant même de la rencontre, et dans l’esprit d’un danseur libre plus que dans celui d’un guerrier combattif,  et pour la paix, alors nous pratiqueront réellement l’aïkido.

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JPO du samedi 20 septembre 2014 : Que voit-on ? Et, finalement, qu’est-ce que l’aïkido ?

La journée portes ouvertes (JPO) de notre section d’aïkido s’est déroulée sur une après-midi, le samedi 20 septembre 2014. Plus d’une vingtaine de personnes étaient au rendez-vous, dont un tiers étaient des visiteurs. Je tiens à remercier les pratiquants du club présents pour les accueillir et encadrer la pratique. Mon amitié va également aux anciens pratiquants venus parfois de loin nous rendre visite. L’Université de Technologie de Troyes (U.T.T.), au travers du Bureau des Sport, nous a encore une fois donné l’accès à sa Halle sportive. Bien que notre club soit devenu depuis deux ans (2012) une section sportive de l’ASPTT de Troyes, notre lien avec l’U.T.T. est historique (nous occupons la salle polyvalente n°2 de la Halle sportive depuis 2009).

Chacune des photos suivantes, prise par un photographe non pratiquant d’aïkido, durant l’après-midi « portes ouvertes », est accompagnée d’un petit commentaire personnelle. (On peut voir les photos en taille supérieure en cliquant dessus.)

JPO-1-20 sept 2014 Les pratiquants prennent une position de garde correcte. On peut observer les variations de posture et, plus encore, le type de tonicité de chacun. Arrivez-vous à distinguer les plus anciens pratiquants des plus récents… ?

JPO-2-20 sept 2014Démonstration d’irimi nage. Rien ne doit rester en arrière. Le principe consiste à avancer droit devant, pour pénétrer (irimi) la sphère de l’autre. Pour autant, il faut infléchir la posture de uke pour qu’il ne soit plus sur la ligne d’entrée. Toute la subtilité consiste donc à avoir déjà pris son centre, et l’avoir déstabilisé, juste avant d’entrer. Les pratiquants, à genoux ou en tailleur, révèlent encore, par leur posture spontanée, leur degré de présence corps-esprit. Comme on peut le voir – cohérence absolue en ce jour – la porte est restée ouverte.

JPO-3-20 sept 2014Deux pratiquants, Sam et Julien, qui possèdent une certaine expérience, se font face en saisie aihanmi katate dori. Observez la direction de leur regard : il sont focalisés sur la saisie elle-même. Ont-ils conscience de qui est en mouvement et de qui est immobile autour d’eux ? Perçoivent-ils la densité du corps l’un de l’autre, le centrage relatif de leur partenaire, au travers du contact de leur mains ? Le corps et le centre du uke (qui vient saisir) est en extension vers l’avant. Mais n’est-il pas déjà trop tard pour accueillir ce geste ? On voit parfaitement que les deux partenaires ne font pas l’expérience de cet instant sur la base de la même temporalité (tempo, timing). En revanche, spatialement, ils sont tous les deux saisis dans la bulle de leur pratique duelle : plus rien autour d’eux ne semble exister pour eux. Et si le plafond venait à s’écrouler soudain ? Ou si le sol s’ouvrait béant sous leurs pieds… seraient-ils suffisamment libres pour (ré)agir à temps ? Mais l’enseignement le plus important de cette photo, c’est qu’il faut se relever correctement lorsqu’on est au sol : regroupez vos jambes, votre corps, remontez dans l’axe vertical, comme lorsqu’on se relève après un salut ; rien ne doit traîner, ni en avant, ni en arrière, ni de côté, et aucune partie du corps ne doit subir le poids des autres parties. Si le sol s’ouvrait, Sam et Julien pourraient peut-être encore faire un pas de côté, mais Jérémie – que l’on voit se relever un peu péniblement – serait aussitôt englouti !

JPO-4-20 sept 2014Je suis pensif, main au menton, mais je ne sais plus pourquoi. Sans doute j’évalue le placement du corps et des jambes de Jérôme au moment d’entrer en irimi nage. Observez : presque tout le monde a le regard baissé, soit vers le sol, soit vers les mains en contact. C’est la leçon de l’instant : dès que l’attention est happée, on oublie le reste du monde, l’univers s’efface et il ne demeure plus, devant les yeux, que ce que l’on croit être l’essentiel. Être libre, en cet instant, c’est ne pas subir l’automatisme par lequel l’attention vient se « scotcher » à ce qui survient. Ce qui survient n’est peut-être pas dangereux; ce qui survient n’est peut-être pas la dimension à laquelle il convient d’attribuer son attention (et, quoi qu’il en soit, surtout pas toute notre attention). Sur cette photo, on entendrait presque les pratiquants penser : « Il m’a saisi. Bon, qu’est-ce que je dois faire? » Plus minimal encore : « Ah, saisie ! Alors quoi ? »

Et si, au contraire, vous vous placiez dans l’état, je dirais presque « affectif », de prendre l’autre dans vos bras, avec vous, contre vous, au moment où il arrive en contact, au rythme où il entre en contact avec vous, et selon son type et son niveau d’énergie ? Ne serait-ce pas une expérience tout autre ? Mais est-ce encore là, alors, une pratique martiale, ou bien une forme de danse de salon, ou je ne sais quelle embrassade amicale ou prise en charge affective ?

(Ce qui suit est une longue réflexion personnelle. Je l’ai prélevée pour en faire l’objet du billet suivant sur ce blog.)

Qu’est-ce que l’aïkido ?

Ceci pose et repose, éternellement, la question de ce qu’est une discipline martiale, et plus spécifiquement, dans ce champ de pratique, de ce qu’est l’aïkido, de ce qui fait sa spécificité et son génie propre. Je n’ai jamais été très bon en danse de salon, vraiment pas. Sans doute parce que j’y voyais quelque chose d’un peu désuet, sinon de vain. Pourtant depuis quelques années il m’est apparu comme une évidence qu’il y avait un lien profond entre les danses à deux (voire à plusieurs) et l’aïkido. D’où cette question incidente : existe-t-il des danses à deux dans le Japon traditionnel ? Il y a le buyo, qui est une danse classique de geisha. Le odori, danse folklorique, et son dérivé, le bon-odori, une danse collective à laquelle le public participe. Mais je ne sais pas – les investigations mériteraient d’être plus poussées – s’il existe au moins une danse à deux qui s’exprime sur des modalités comportementales proches de nos danses folkloriques ou « de salon » occidentales, c’est-à-dire sur le mode d’un lien sensible, affectif, sinon, disons-le, de séduction (au moins implicite ; et au moins au sens étymologique de « tirer à l’écart », de « détourner quelque chose de son chemin »… en l’occurrence celui de l’attaque). Des danses où le contact est essentiel, un contact se déployant dans la dimension affective, du moins émotionnelle, par une simulation – plus ou moins formelle, formalisée – d’un rapprochement harmonieux mimant une possible fusion des corps. Pour l’heure, je ne connais aucune danse traditionnelle japonaise qui réponde à ces critères, pourtant familiers depuis des siècles aux occidentaux. Bien entendu, le Japon a été peu à peu acculturé aux danses occidentales (je suppose à partir de la fin du XIXe siècle) et de façon évidente à présent. Si l’on se demande où je veux en venir, c’est très simple : je formule ce qui suit à titre d’hypothèse, et je le fais aussi directement que possible.

La danse de l’énergie

Morihei Ueshiba, Ô senseï, le fondateur et grand maître de l’aïkido, n’aurait-il pas, après ses longues années de pratique de multiples arts martiaux, découvert l’intérêt, la puissance et le potentiel (moral et spirituel) de recontextualiser son expérience martiale, en la faisant passer du côté martial vers le côté  – et là le mot à choisir est un vrai piège ! – … de l’art ? Plus exactement : de l’art spirituel ? Il est aisé de prononcer les mots de « voie spirituelle ». Certains diront que cette hypothèse n’est pas nouvelle, qu’elle est même évidente. On connait la biographie de Morihei Ueshiba, on connait sa fréquentation assidue de la « secte » religieuse Omoto-kyo. On connaît quel personnage « surréaliste » était son leader Onisaburo Deguchi, et quelle forte influence il a eu sur Morihei Ueshiba. On peut considérer que ces gens-là nageaient en plein délire artistico-spiritualiste. On peut aussi considérer, dans le Japon de l’époque (du tout début du XXe siècle) qu’ils furent parmi les premiers à ouvrir certaines pratiques dans le champ de l’émotionnel, de l’affectif – en Europe nous aurions même dit « romantique » – mêlant la sensation du mystère spirituel à des affects jusque là pris en charge dans le cadre de la pratique Shintô ou du Bouddhisme (le bouddhisme Shingon, en l’occurrence, pour Morhei Ueshiba ; le bouddhisme Shingon est la branche ésotérique japonaise du Bouddhisme). Et c’est là que mes lecteurs ont loisir de bondir – mais restez amusés, merci, il s’agit d’une hypothèse ; plaisante quoique sérieuse : « Et si Ô sensei Ueshiba avait inventé la première danse à deux du Japon ? » – Bon sang, ce n’est pas une danse, c’est un art martial, et même une « discipline martiale » ! s’exclame-t-on. Avez-vous déjà vu Ueshiba pratiquer une sorte de danse sacrée, un kagura maï ? Saviez-vous que Ueshiba s’intéressait à la danse vers la fin de sa vie (et qu’il a pratiqué l’aïkido avec des danseuses) ? On peut le voir ici en vidéo réalisant une sorte de « kata » de jo, mais ce n’est pas un kata, en réalité c’est une danse spontanée avec le jo en main, c’est bien un kagura maï, une danse sacrée, à la façon de Ueshiba. La pratique de l’aïkido avec un partenaire pourrait bien être un kagura maï réalisé à deux, avec ce que cela implique de synchronisation physique et émotionnelle, comme toute danse où l’on est deux. Le projet de Ô senseï Ueshiba pourrait bien avoir été de tenter (et de réussir ?) la fusion entre discipline martiale et danse sacrée (à deux). Ce faisant, la violence martiale est désamorcée (c’est une danse), mais il demeure l’ensemble des mouvements du corps et la gestuelle (dont la technicité reste transposable sur le plan martial… puisqu’elle en vient). Nous pouvons observer le même phénomène historique avec la capoeira, art martial dansé d’origine afro-brésilienne. Du temps de l’esclavage des africains au Brésil, les méthodes de combat ont été « maquillées » en danse (sur la base des danses africaines). Au Japon, à la fin de la Seconde guerre et après, les arts martiaux avaient été interdits (par les américains), mais l’aïkido fut le premier art martial dont la pratique fut autorisée. Précisément parce que sa martialité semblait fondue dans les apparences d’une danse inoffensive, dévolue si l’on veut au développement de soi, un peu dans le même esprit que le judo (mais le judo connait des kata, pas des formes « dansées » ; l’aïkido ne connaît pas de kata, mais les pratiques à deux sont comme dansées de manière partiellement formelle ; d’ailleurs la question de la frontière pratique, dans le mouvement, entre formalité et non formalité se pose régulièrement, sauf dans les pédagogies qui ont d’emblée réglé la « chorégraphie » comme du papier à musique, ceci pouvant se comprendre comme étape, il convient donc aussi d’apprendre à s’en déprendre). Nous pourrions épiloguer longuement, avec des spécialistes, pour déterminer s’il s’agit bien d’une danse pour l’aïkido, et dans quelle mesure, et à quel point la dimension martiale perdure ou tend à s’effacer de la pratique.

L’art d’arrondir les angles

Observons avec joie qu’il y a toutes sortes de pratiques possibles de l’aïkido, de celles qui sont dansées (le kinomichi de maître Noro… ? Pas si sûr) à celles qui n’ont plus la moindre once de kagura maï en elles (l’aïkido comme système-automatique-d’engrenages-synchrones, version « montre suisse »). Ces dernières formes de pratique se veulent minimalistes et souvent « pures ». Elles sont totalement centrées sur le jutsu de l’aïkido ; il s’agit en quelque sorte d’aïkijutsu conduit à sa perfection mécanique. Mais l’aïkijutsu, avec le daïto-ryu, est l’ancêtre – comme on dit parfois – de l’aïkido de Ueshiba. Il est toujours délicat de savoir ce qu’il faut perpétuer de ses ancêtres, et ce qu’il faut en améliorer (sans verser dans l’idéologie ambiante et factice d’un nécessaire, irrépressible et soit disant logique « progrès technique »). Par ailleurs, l’aïkido de maître Ueshiba continuait d’évoluer dans ses dernières années. Ueshiba allait passer, nous disent les témoins et les historiens, à l' »aïkido de sumikiri« . Sumikiri veut dire précisément « couper les coins », c’est-à-dire : « action de tailler les quatre angles d’un carré » ; bref, pour nous autres francophones, il est une expression parfaitement adéquate pour la traduction de « sumikiri », et comprise de tous : arrondir les angles ! Lorsqu’il n’y aura plus d’angles et plus que des spirales, lorsque nous saurons spontanément convertir les uns dans les autres, tout ceci étant réalisé dans le flux vital de l’instant même de la rencontre, et dans l’esprit d’un danseur libre plus que dans celui d’un guerrier combattif,  et pour la paix, alors nous pratiqueront réellement l’aïkido.

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Mouvement de soustraction

Shigeru UemuraJe vous invite à lire le texte ci-dessous, qui pointe le cœur du principe des mouvements que l’on trouve en aïkido, mais aussi dans tous les arts martiaux orientaux lorsqu’ils sont pratiqués de façon évoluée. (C’est moi qui surligne en gras certains passages) :

Dans le langage des arts martiaux japonais, entre initiés, on parle du mouvement de soustraction. Il faut savoir que tous les sports mondiaux dont l’origine est pour la plupart gréco-romaine sont basés sur ce que nous appelons le mouvement addition : pour se déplacer, il faut rajouter une puissance. Pour faire un sprint par exemple, on fait un appui au sol, et on exerce une poussée (propulsion) en contractant les muscles. Dans les arts martiaux, c’est tout le contraire : on avance en relâchant les muscles, autrement dit en tombant. Quand on relâche les muscles, une énergie liée à la gravitation se libère. Avec le relâchement musculaire, le mouvement est immédiat, en un seul temps, ce mouvement est beaucoup plus rapide qu’avec le système musculaire de l’addition qui ne peut se faire qu’en deux temps. Mais il faut améliorer notre posture en tirant profit de l’inertie : c’est en relâchant le poids du corps que l’on bouge. Dans la logique du mouvement de soustraction, on transpire peu parce que l’on travaille en synchronisant le système musculaire, le système tendineux, le système nerveux et le système osseux, ce qui permet de se mouvoir avec une faible consommation d’énergie et de sels minéraux.

(Lire la totalité)

Dans votre pratique à venir, appliquez cette notion de mouvement de soustraction, laquelle se fonde sur la sensation (bien réelle) de tomber en relâchant.

Ce texte est extrait d’une notice qui évoque aussi l’existence de Senseï Shigeru Uemura, expert dans plusieurs arts martiaux, fondateur de l’école Kamuhi Taï Do (synthèse de 18 écoles, renommée par la suite en Emishi O-DO Kaï).

Pistes vidéos avec Shigeru Uemura (il ne s’agit pas d’aïkido… mais je crois bien que nous pouvons en apprendre quelque chose…) :

Un séminaire de ce senseï en 2013

Tir à l’arc, de coté, par Shigeru Uemura

Un kata type taï-chi, par le même maître

 

 

 

 

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Taï chi chuan par Pierre Herr en février 2014

Pierre HerrMon père, au premier plan (avec les lunettes et la queue de cheval), lors d’une démonstration de taï chi chuan en février 2014 pour le Nouvel An chinois :

La VIDEO

Il pratique le taï chi chuan depuis un peu plus de trente ans. Il l’enseigne régulièrement depuis plus de quinze ans.

Il va avoir 72 ans en août.

En observant bien, vous trouverez des liens avec l’aïkido.

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Bougeons un peu

Gerhard WalterJe me faisais récemment la remarque que les stages étaient moins dynamiques, qu’il y avait de moins en moins d’entraînements d’aïkido… et de plus en plus de cours. Dans le même temps, ces cours deviennent trop statiques. Où sont passés les entraînements d’autrefois, où l’on éprouvait dans son corps les vertus de la mise en mouvement, des girations et des spirales, de la force centrifuge et centripète ? Sans rechercher la perfection technique, n’est-il pas bienfaiteur d’entrer pleinement dans le mouvement, de dissoudre la volonté et de concasser un peu l’ego, de retrouver – que diable ! – un peu de jeunesse?

Bouger, oui ; mais certainement pas n’importe comment, c’est sûr. Au hasard de mes recherches et promenades, je vous propose aujourd’hui, pour stimuler une pratique en mouvement, cette vidéo de 9 minutes, de Gerhardt Walter, Shihan 8ème dan d’aïkido et enseignant de zen (en Allemagne).

Et puis pendant qu’on y est, faites-vous plaisir avec ça aussi. Je ne vous dis pas ce que c’est, à vous de découvrir ces perles rares

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Yoga : exercices et méditations

Sat Kriya rock fingersPour une fois, je vais vous renvoyer directement à mon autre blog, Le monde réel, pour y lire le billet que je viens d’y publier, intitulé Yoga : exercices et méditations.

Bonnes fêtes de fin d’année à tous ! Entrez dans plus profond.

 

Toutefois, ici, un bonus de plus de plus de 30 minutes d’exercices préliminaires de kundalini yoga où les aïkidoka reconnaîtront certains mouvements.

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Samedi 14 : après-midi de pratique à l’Université de Technologie de Troyes (U.T.T.).

projection shiho nage - Vivianne et KevinSamedi 14 notre section d’aïkido s’est organisé une après-midi de pratique partagée en deux temps : de 13h à 15h45, les plus anciens, après une préparation somatique, ont travaillé essentiellement les cinq principes sur yokomen uchi. Le créneau de 16h à 18h était ouvert à tous. Etant peu nombreux, nous avons eu la place de pratiquer du jo en jo dori (réponse sur une attaque au jo). Nous avons achevé l’après-midi par un temps de relaxation au son du gong. Après quoi nous avons partagé collation et boissons chez Benoit, jusqu’à fort tard. S’il y a eu 8 anciens présents, il est dommage que le deuxième créneau n’ait pas attiré plus de débutants. S’il est déjà plaisant le pratiquer l’aïkido en loisir, il est encore plus intéressant d’en faire une voie de recherche personnelle, et donc d’aller au delà des séances hebdomadaires (notamment par des stages de temps en temps samedi et/ou dimanche).

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Stage Léo Tamaki à Dijon : 30 nov. – 1er déc. 2013

aikido stage Tamaki Dijon 30 nov 2013Merci au club dijonnais pour son accueil chaleureux,  les pots et le buffet final dimanche midi ! Mais ce n’est pas tout ce qu’il nous reste de ce stage, bien sûr.
Michel Desroches, 6ème dan d’aïkido et conseiller technique national a invité Léo Tamaki parce que c’est « un homme de budo », comme il l’a dit samedi après-midi 30 novembre en début de séance. Louons cet esprit d’ouverture où se retrouvent les hommes de bonne volonté. Cet esprit sait reconnaître la valeur des uns et des autres au delà de leurs appartenances respectives. Michel a été un élève direct d’André Nocquet, son expérience est sure et sa parole posée. Léo Tamaki, dont la jeunesse dans l’art puise sa richesse à des sources variées, révèle à chaque stage que l’aïkido est une quête qui se poursuit. L’amitié dans le budo entre l’expérience d’un ancien et l’enthousiasme d’un jeune maître possède une saveur que nous aimerions goûter plus souvent. Il va de soi qu’une telle saveur n’a de chance de se manifester qu’à la faveur d’ego qui ont acquis un subtil sens de l’humour.
De ce stage et des enseignements de Léo, je ne donnerai que quelques linéaments techniques. Ils ne résultent que de mon observation et de mon interprétation personnelles. A chacun d’y lire ce qu’il voudra et de pratiquer ce qu’il pourra, suivant son expérience : Lire la suite

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