Stage à Val d’Isère avec Jacques Bonemaison – juillet 2013

Le stage a eu lieu du 22 au 28 à Val d’Isère. C’est le 26ème stage d’été avec Jacques Bonemaison, 7ème dan, à Val d’Isère. Comme l’année dernière, les exigences ascétiques de la méditation et de la pratique furent compensées par l’excellente ambiance dans les moments de relâche et les repas. Sans doute nous sommes-nous couchés un peu tard pour nous lever aussi tôt, vers 6h ! Ci-après, un petit compte-rendu, presque au jour le jour, bien entendu partiel et inévitablement subjectif. Les compléments sont donc les bienvenus de la part des pratiquants à ce stage qui liront ce billet.

Jour 1, lundi Des créateurs d’espace sans conflit
Aïkido de 9h à 12h5. Travail à genoux long et intense, durant presque une heure. Les doigts et les coups de pied rougissent et pèlent. Passage chez la pharmacienne, après une sérieuse saucée, un moment abrités sous les stands de la rue principale à contempler les saucissons aux myrtilles. Caprice de la montagne. La pharmacienne qui m’a servi a pratiqué… le kinomichi.
Techniques : kokyu ho, de 3 manières différentes : en entrant direct et droit devant soi mais par en dessous ; en laissant glisser les paumes de nos mains contre nos flancs et en remontant ; en gardant les mains sur les genoux et en ouvrant un genoux. Katate dori naname, avec la même sensation. Puis ryotedori, naname, puis ikkyo. Pour finir, jyu waza sur la même entrée.
Principes et directions : Jacques a dit quelque chose comme : « Nous sommes des créateurs d’espace sans conflit. » Absorber l’autre. Le laisser entrer. Nous sommes trop focalisés dans les bras, dans le vouloir faire avec le haut du corps. Laisser retomber dans la gravité ; mouvoir d’abord le bas du corps. Les bras sont légers. Il faut rester léger. Ne pas (trop) intervenir. Se placer au lieu de moindre effort. Laisser venir les choses autour de soi afin de pouvoir les réorienter. Trouver le vide intérieur, qui est un vide de liberté (mentale, et de mouvements). Tout cela paraît si simple…

Jour 2, mardi – S’ouvrir à l’espace de la montagne
Matin : méditation. Retour sur les bases de la préparation qi gong (Ba duan jin). Kokyu sur haianmi. Oublier aïté. Ne pas réagir, mais être ensemble. Shomen uchi et ma aï : couper dans la coupe de l’autre. Kamae mu kamae… (=la garde sans garde : garde vide) ?

Après-midi : Excursion au col de l’Iseran. Coupes répétitives shomen (avec ken et à main nue) en haute altitude. « Défocalisation du rapport à l’autre » (dixit J-R). « S’ouvrir à l’espace de la montagne pour déployer des forces inconnues et incontrôlables » (dixit Y***). La séance en pleine nature s’est achevée au refuge, où nous avons dégusté du chocolat chaud au Génépi accompagné de tartes. La serveuse était polonaise et nous parlait avec un accent charmant.

Jour 3, mercredi – Laisser la respiration porter le mouvement
Matin : sur katate dori, aspirer l’autre. Placer le corps, mais ne pas faire un mouvement de bras. Il faut laisser entrer l’autre, lui laisser la place. Même mouvement (kokyu nage) mais sur kata dori. Puis ikkyo et nikkyo, toujours sur kata dori. Ne pas contrarier l’autre : l’aspirer tout en se plaçant. Le reste vient tout seul !

Après-midi à pratiquer le jo près de la cascade. Le jo passe par le seika tanden. Respirer dans le mouvement, oublier le jo. Ne pas agir mécaniquement : laisser la respiration porter le mouvement. Aucun blocage articulaire, aucune « frappe » qui s’arrêterait à la frappe. Le jo glisse entre les mains, il coule guidé par le mouvement du corps. Le mouvement ne vient pas des bras. Pratiquer comme si on n’avait pas le jo.Soir : mondo

Le soir, mondo : Jacques répond aux questions spontanées ; la parole s’est un peu libérée des deux côtés. Les réponses n’ont pas toujours le tranchant surprenant voire paradoxal d’un maître zen, mais acceptent par moment de se laisser couler dans une forme d’expression accessible à l’occidental que nous sommes. Un équilibre semble s’établir entre l’impératif « regarde en toi pour poser la bonne question » et l’ouvert : « une piste de réflexion pourrait être celle-ci ».

Jour 4, jeudi – Purifier l’espace par misogi no ken
en montagne, méditation le matin, puis misogi no ken (couper dans les quatre directions puis fendre l’air en yoko giri pour finir par un dernier shomen). Repas de midi, suivi d’une méditation libre près de la cascade.

Jour 5, vendredi : pratique !

Jour 6, samedi – Ouverture d’un espace mythologique et sacré
Méditation près de la cascade en bordure de Val d’Isère (une sorte de qi gong sonore m’est venu, respiration abdominale et primaire). Et surtout, le soir, le spectacle inspiré du Ko ji ki de Mireille et Christian, danseurs et comédiens. Durant 45 minutes, la mythologie japonaise s’est installée parmi nous, l’espace profane du gymnase a vibré dans le sacré. Preuve encore une fois que l’émotion artistique dépasse l’esthétique : elle nous nous nourrit et agit à des niveaux plus profonds du psychisme que la simple appréciation de surface. L’émotion était là, par moment spirituelle. Les deux divinités ont achevé leur balai par une ascension assonante. Puis apéritif et repas en commun dans le dojo, installé pour l’occasion.

Jour 7, dimanche – Couper dans la coupe
Plus de la moitié des pratiquants sont repartis. Il reste un noyau d’irréductibles. Jacques se montre plus disert. Encore une fois, il nous montre comment couper dans la coupe. Ceci donne un aïkido proche du iaï : sur shomen, couper en shomen… c’est le plus centré qui pénètre, et l’autre se retrouve à la périphérie du centre (ou de l’axe central) que nous avons crée mieux que lui. Je suis un peu frustré, car cette forme, pourtant fondamentale, car elle pose un essentiel (la prise de centre), coupe toute possibilité d’échange : elle est radicale. Je ne crois pas chercher un aïkido aussi radical, en tout cas pas d’entrée de jeu. Je vois bien que martialement parlant, c’est bon, efficace, quoique risqué (il faut être d’une précision millimétré) ; mais il manque ce qui pour moi constitue l’un des plaisirs de l’aïkido : le jeu à deux, souple et mobile : la créativité sensible ! Certes, nous n’étions pas dans le jyu waza… Mais même dans le jyu waza… Je ne m’étendrai pas ici sur ce point, sur lequel je reviendrai un jour. Cela pose la question de ce que l’on transmet, et pour quoi faire. (Quels sont les objectifs? les intentions non formulées, voire subconscientes?) Bref, cela pose une question sur la pédagogie, qui existe, qu’on le veuille ou non ; même l’évacuer est un choix pédagogique : on transmet, et on transmet forcément d’une certaine manière. Qu’on l’évacue volontairement, ou qu’elle ne soit pas consciente ne signifie pas que la dimension pédagogique soit absente. Premier principe : ne pas fermer les yeux.

Le fond de l’aïkido n’est pas japonais

Dimanche midi, repas avec quelques-uns, dans le studio 6, avant de quitter Val d’Isère. Jacques est d’accord lorsque j’avance que le fond de l’aïkido n’est pas japonais ; il dit qu’il est « universel ». Il me paraît important de l’entendre : le japonisme de certains pratiquants d’arts martiaux leur fait oublier une chose essentielle : le corps n’a pas de nation ; personne ne peux nationaliser un corps vivant. Or, c’est cette énergie primordiale que nous travaillons et disciplinons ; et cette énergie n’a pas d’origine nationale. Les formes d’expression telles que le karaté, le judo, l’aïkido ne sont-elles pas pourtant typiquement japonaises? Oui, elles sont culturellement codifiées dans le cadre d’une civilisation (orientale) et d’un pays (le Japon), à l’intérieur duquel elles répondent encore au façonnage propre à certaines lignées et familles. Mais à quel titre servent ces techniques? Sont-ce les formes en elles-mêmes qui constituent le fond de choses? Ou bien sont-elles des vecteurs d’ouverture à notre propre énergie? Pour moi, ce sont des outils de travail sur soi avant d’être des techniques efficaces. J’ai lu récemment dans un petit ouvrage (dont je donnerai le titre et l’auteur ultérieurement), qu’un maître d’arts martiaux japonais avait dit à son élève (un occidental avancé) que s’il appliquait les formes qu’il lui avait enseignées dans un combat réel, il serait mort. L’élève en a été surpris, on l’imagine. Il a demandé au maître à quoi servait alors son enseignement, si les formes transmises étaient inefficaces en situation concrète, pire encore, si leur application entrainait une mort certaine ! Le maître lui a répondu : « les formes travaillées servent à faire émerger en toi ton propre art martial. » En effet : les techniques enseignées dans un dojo ouvrent chez l’élève un espace de travail qui dépasse les applications martiales; ce sont des techniques qui forment le corps pour qu’il soit juste, en situation réelle, spontanément juste, de lui-même, à partir de la nature énergétique et somatique de chacun. L’échafaudage n’est pas le bâtiment. Quand le bâtiment (le corps énergétique) est construit, on peut retirer l’échafaudage. Ce qui a été ainsi construit est unique et propre à chacun. Qui sait vraiment ce que les exercices et les techniques construisent en nous…? Qui connaît vraiment l’efficacité en soi de son aïkido…? Continuez-vous parce que vous pensez que c’est efficace? Sinon… pourquoi?

About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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