2 stages : Villeneuve l’Archevêque (Bonemaison, 7ème dan) et Giffaumont (Lafont, 5ème dan)

En mai et juin, j’ai eu le plaisir et l’intérêt de participer aux deux stages suivants, tous deux encadrés par un C.E.N. – autrement dit un chargé d’enseignement national – de la FFAB :

D’abord le stage d’aïkido de l’Ascension, du 9 au 12 mai, à Villeneuve l’Archevêque, dans l’ Yonne, avec Jacques Bonemaison, 7ème dan.

Puis le stage d’été au lac du Der Chantecoq (Giffaumont), du 28 au 30 juin 2013, avec Jean-Pierre Lafont, 5ème dan.

Et vous savez quoi… ? Pour la première fois, je me trouve sec. Je n’arrive pas à faire de compte rendu.

Il est vrai que j’en ai mis, du temps, pour parler du stage de Jacques Bonemaison : plus d’un mois et demi. Ca ne venait pas. Et pourtant…

Pourtant, l’ambiance est toujours aussi sympathique, à Villeneuve l’Archevêque ! Merci au Shin Giri Dojo, à tous ceux qui s’y investissent de manière incroyable, – et tout particulièrement à Christophe Massé et à sa famille. Je n’ai jamais vu ça ailleurs : de la mise en place du dojo jusqu’aux repas (excellents), tout le monde est là, actif et souriant. Il y a comme un esprit de famille qui englobe tout le monde, chose qui se faire rare. Jacques Bonemaison demeure discret, minimal, mais bien présent. Il m’est arrivé de le chercher du regard… pour m’apercevoir qu’il était à un mètre cinquante de moi. Son enseignement – mais peut-être je me répète – n’est pas technique. J’ai envie de dire : ne demandez pas à un 7ème dan de vous délivrer un enseignement technique. Un 7ème, un 8ème, un 9ème, et si vous y tenez un 10ème dan ne vous délivrent par un enseignement technique. Alors c’est parfois frustrant, certes, quand on pose une question… et qu’on n’obtient pas la réponse. « Comment mouvoir sa main pour la placer de façon à faire nikyo ? » Vous obtenez une autre réponse ; la réponse à une autre question ; sans doute à la question… qu’il aurait fallu se poser.

C’est donc cela, un maître japonais ? Mais Jacques n’est pas japonais. Jacques est pourtant un maître japonais. Moi aussi j’ai le goût du paradoxe.

S’il n’enseigne pas la technique, que transmet-il ? Eh bien… l’espace, le temps, l’espace-temps, le centrage, l’axialité, l’unité, la décontraction, l’engagement, la tranquillité, l’intériorité énergétique… Et comment l’enseigne-t-il ? Sans pédagogie. Sans pédagogie… mais alors… comment ? Par mimétisme.

A partir de là, soit vous vous transformez en miroir et vous laissez votre cerveau absorber ce qu’il voit et ressent, autrement dit vous vous laissez porter par les facultés intuitives de votre propre corps-esprit… soit vous être perdu, vous rechignez en vous-même et vous vous dites que la prochaine fois vous irez suivre un stage technique.

Je n’ouvrirai pas le débat sur comment, où et quand apprendre les techniques d’aïkido. A priori au sein d’un club et avec un professeur plus modestement gradé. Mais dans un stage, avec un maître, apprêtez-vous à autre chose. Remplacez les questions par une ouverture aux sensations mimétiques. Ce ne sont pas les mêmes zones du cerveau qui travaillent. Plus dans l’hypothalamus, et moins dans le néocortex, ok ?

Je ne peux pas tout à fait finir sans rapporter les propos d’un de mes élèves, jeune et récent en aïkido, mais pratiquant d’arts martiaux depuis quelques années par ailleurs – et qui n’est donc pas né de la dernière pluie. Il m’a dit qu’en travaillant en seiza avec Jacques, sur kokyu ho, il a eu « l’impression de recevoir un cadeau ». Je pense qu’il l’entendait bien au sens moral : Jacques, en lui faisant le mouvement, lui offrait quelque chose, l’initiait à une sensation. Mais à y repenser à présent, je crois qu’on peut aussi entendre les choses au sens propre et très concrètement, techniquement, ai-je envie de dire. Regardez comment Jacques fait kokyu ho en seiza. Ne voyez-vous pas qu’il avance les mains et tend les bras… comme pour donner un cadeau ?

Merci à Jacques, que nous retrouverons cet été au stage de Val d’Isère, en juillet, pour sa transmission subtile de la rigueur du vide.

A présent, le petit stage d’été sur deux jours et demi au lac du Der Chantecoq (Giffaumont), en juin, avec Jean-Pierre Lafont, 5ème dan.

Avant tout, merci au club de Saint-Dizier et à la ligue Champagne-Ardenne d’organiser, depuis quelques années, ce stage qui tout à la fois clôt l’année et ouvre la porte des vacances.

J’avais un peu de mal avec Jean-Pierre Lafont. Certains de nos enseignants nationaux ne sont-ils pas un peu austères, comme en retrait en eux-mêmes, à la fois donnant et ne donnant pas ? Comme le chat du conte zen… le chat qui ne fait rien, mais qu’aucune souris n’approche. Le chat d’expérience, hiératique et matois. Le matou matois, capable de finesse et de ruse malgré des dehors débonnaires. N’est-ce pas aussi le visage du samouraï, qui plisse les yeux, à la fois neutre et scrutateur ? Quand on plisse les paupières, on réduit la lumière… et on augmente la profondeur de champ. Ce n’est donc pas pour rien, cela relève de l’optique de l’œil. Ne prêtons donc pas trop vite du sens à des expressions de visage qui n’en sont pas. Il y a des raisons biomécaniques et perceptives. Nous interprétons de travers ce qui n’est même pas un signe expressif, mais un indice d’ajustement facilitant les perceptions. Et en situation martiale, c’est essentiel.

Jean-Pierre n’a pas été beaucoup plus explicite, du moins verbalement, mais l’ensemble fut pour moi moins opaque. Aurais-je évolué ? Là aussi, comment faut-il regarder ? Par mimétisme, comme avec Jacques Bonemaison.

Après des mouvements de type qi gong permettant d’établir de bonnes conditions de centrage, d’axe et de respiration, le travail au ken , exigeant, ascétique, a permis d’amplifier par le geste « armé » les mouvements verticaux de la colonne vertébrale. Se relâcher sans se perdre, se détendre tout en gardant la juste tension minimale, voilà l’enjeu d’un tel exercice, souverain pour développer aussi la force morale. Après quoi nous sommes entrés dans les techniques d’aïkido. Mais là encore, pour Jean-Pierre, il n’y en a qu’une, avec toujours la même sensation. Au fond, il semble qu’il n’y a qu’une chose à assimiler, à intégrer en soi. Quelle est cette chose ? Visiblement, elle se formule mal ou difficilement. C’est comme d’expliquer le goût du sel. Il ne me semble pas que cette chose soit d’ailleurs spécifique à l’aïkido ni même aux arts martiaux. Je pense qu’en tennis, par exemple… Tiens, la raquette et la frappe… il y aurait comme une ressemblance avec le sabre.

L’aïkido de Jean-Pierre me semble dans la même ligne d’expérience que celui de Jacques. C’est un peu normal, et c’est heureux ; le contraire eût été gênant. Il s’agit du travail sensitif profond laissé par maître Tamura. Nous sommes là dans l’essentiel. Mais l’essentiel peut-y s’acquérir sans trajet technique servant de médiation ?

Peut-on accéder au joyau de l’aïkido en y étant directement confronté ? Ce n’est pas sûr. C’est pourquoi il ne faut pas confondre le travail technique mené dans les clubs, et l’expérience que l’on vit lors de stage avec de (très) hauts gradés. Il y a parfois confusion, mais ce n’est pas le même niveau de transmission. Le modelage du corps et de l’esprit par la technique est nécessaire, durant de longues années, sauf individualités exceptionnelles : il arrive en effet que quelques rares personnes possèdent d’emblée le centre et l’axe, le bon rapport à l’espace-temps et au corps de l’autre. Il sont ainsi câblés neurologiquement et ils ont bien de la chance (cela se trouve dans les tous les sports, toutes les activités physique, dans la musique, etc.)

Pour les autres, les gens moyens (comme moi), il y a toujours beaucoup  de boulot de déparasitage et de désencrassage mental et moteur.

Mais tout est simple, au fond : ne pas avoir peur, avancer droit, s’accorder à l’instant, à l’environnement immédiat, au corps de l’autre, à sa personne. Sans la médiation de l’intellect, qui est trop lent en situation martiale.

C’est donc un travail sur les couches profondes du cerveau ; un modelage des instincts par la technique ; bref, c’est un yoga, ou un qi gong. C’est cela aussi l’aïkido. Ce ne sont pas que des formes techniques biomécaniques entre deux corps.  L’aïkido est un art (ou discipline) de l’énergie interne.

Ceci ne le rend pas plus démocratique ni plus accessible. Au contraire. Cela le rend à son exigence première. Le risque – mais il peut être choisi et assumé – c’est une tendance à l’élitisme.

Mais apprendre à vraiment bien jouer du piano ou du violon est aussi une voie élitiste, ce n’est pas une voie pour tous, c’est exigeant, dur pour le moi. L’accès se veut démocratique, mais le chemin ne l’est certainement pas.

Quoi qu’il en soit, le but en aïkido est-il de devenir un virtuose de la technique (= art martial) ? Ou bien d’user des techniques pour construire son propre édifice énergétique, moral et humain (= gi gong, yoga) ?

« – Les deux mon général. »

About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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