Akira HINO : 22, 23, 24 mars, Paris et Herblay

Akira HINO

Cela fait deux ans que je regarde de temps en temps les vidéos de maître HINO Akira sur le net. Ces vidéos sont en elles-mêmes un enseignement: sens du contact, maîtrise du « fouet intérieur », accent mis sur l’ouverture et la fermeture du sternum…

Ce dernier week-end, je me suis enfin offert ce stage à Paris puis à Herblay. Ce qui m’a vraiment plu, c’est l’ouverture… des pratiquants présents, venus de tous les coins et de tous les arts : arts internes chinois, karaté, krav maga, aïkido, etc. Nous avions les mêmes difficultés à rester « entiers » dans les mouvements pédagogiques proposés. Il est possible qu’à force de nous focaliser sur le koshi, le hara et le seika tanden – les hanches, le ventre et le centre de gravité – nous ayons un peu oublié le haut du buste et la mobilité du sternum…

J’ai vraiment éprouvé un grand plaisir à ouvrir ma propre pratique à tous ces partenaires si sympathiques. L’enthousiasme et le rire de maître Hino avaient installé une ambiance bon enfant et décontractée ; mais les explorations étaient sérieuses.

Une chose se confirme pour moi : le lien entre le fond « secret » des arts martiaux… et la danse. Je ne suis pas danseur, et je commence (à 48 ans)  à le regretter. Si je devais donner un conseil aux jeunes qui débutent, ce serait aujourd’hui : allez pratiquer un peu la danse de salon à deux avec un(e) partenaire, – et particulièrement le tango. Et si vous voulez danser seul(e), parce que danser avec un(e) partenaire vous intimide, alors allez pratiquer la danse libre, la danse contemporaine improvisée. Pourquoi ? Parce que qui peut le plus peut le moins. La danse n’a aucune autre finalité qu’esthétique, elle n’est donc pas contrainte par un résultat autre que sa propre représentation, le mouvement des corps dans l’espace. Quant à la danse improvisée, elle s’est libérée des formes codées : elle s’exprime par le corps comme la libre traduction d’un rythme externe ou interne (on peut chanter dans sa tête). Un art martial possède une finalité – se protéger et contrôler l’autre -, l’ensemble des mouvements qu’il propose est donc un sous-ensemble de ce qu’offre une activité corporelle et attentionnelle comme la danse.

Nombre de nos mouvements martiaux sont étriqués, or tout le corps doit être mobilisé, jusque dans le plus petit mouvement, par exemple un mouvement du poignet. Nous savons cela, mais nous n’y arrivons pas bien, pourquoi ? Parce que nous pratiquons dans le cadre de la forme martiale qu’on nous a apprise, telle que nous l’avons vue, ou cru la voir, et tel que notre schéma corporel en a intégré la dynamique (captée par nos sens plus ou moins défaillants ou parasités). Depuis le départ, nous sommes dépendant de ces filtres, à moins d’avoir pratiqué au delà de la forme qui nous semblait être la forme efficace. Or la forme efficace n’est efficace que si elle est portée par un mouvement global, plus profond et plus libre. D’où, chez Akira Hino, ce mouvement d’ondulation de tout le corps qui part des talons et se propage par les jambes, les hanches et la colonne dans les membres supérieurs (la tête ne ballotte jamais, la bouche est fermée,  le menton légèrement rentré, la lordose cervicale réduite, principe de sécurité pour éviter le coup du lapin).

Autrement dit, ce qui fonde un geste martial, c’est une vague, produite par une impulsion initiale qui vient de l’appui accentué des talons, par un retour de(s) force(s) depuis le centre de la Terre (oui, quand s’appuie sur le sol, on s’appuie – transitivement – sur l’exact centre de la Terre ! Rien que de s’imaginer cela, c’est déjà une merveille : savoir qu’on est, en permanence, en connexion avec le centre la Terre, et que cette connexion peut être améliorée, amplifiée, et utilisée.)

Appelons cela « la vague ». Maître Hino l’a rendu visible pour nous, mais provoquer une vague visible à l’extérieur, donc une vague externe, est trop long ; toute durée risque d’être martialement fatale. La vague doit donc progressivement devenir interne, invisible, subtile, mais bien présente. Une simple imagination sensitive de la vague provoque la vague en interne. C’est l’un des « secrets » des arts martiaux internes (dont l’aïkido) : le secret, ce n’est pas simplement ce phénomène de vague intérieure ; c’est le principe même d’imagination sensitive.

Voilà donc et sans m’étendre ce qui demeure de ce récent stage avec maître Hino : être entier de bas en haut ; être mobile de bas en haut ; être aussi changeant que le vent, mais aussi potentiellement immobile dans le mouvement (un arbre est immobile dans le mouvement, vivant) ; savoir rester collé à l’autre sans pousser ni tirer, avec la même légère présence-pression (l’exercice des « mains collantes » en taïchi chuan) ; laisser venir le mouvement du fond du sol, du cœur de la Terre ; se laisser traverser par cette vague au plus intérieur de soi-même ; ne pas faire obstacle à cette vague (ni anatomiquement, ni émotionnellement) ; transmettre cette vague d’énergie à l’autre là où on veut, suivant ce qu’on veut obtenir (en accord avec le principe du wu wei – du non-agir – cette énergie se glissera dans les fragilités de l’autre, dans ses failles, vers son centre, pour le prendre, tout heurt, a fortiori toute violence, étant dès lors inutiles, puisque le principe agit tout seul, comme un flot qui va s’engouffrer de lui-même dans les interstices des rochers de son lit.)

Dernière chose : il est possible que l’interaction entre partenaires ou assaillants ne soit pas physique… mais purement d’esprit à esprit. Maître Hino l’a évoqué en parlant du regard de l’autre et de ce qu’on pouvait y lire en temps réel. Il faudra songer à organiser un stage avec des joueurs de Poker…

Bonne recherche !

Parmi toutes les vidéos de maître Hino sur le net, en voici une.

Léo Tamaki raconte sa rencontre avec maître Hino.

Sur mon blog, j’ai déjà évoqué Akira Hino ici, et .

About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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