Aïkido et Partage : 27 et 28 octobre 2012, Villeneuve l’Archevêque

Le Shin Giri Dojo Aïkido de Villeneuve l’Archevêque (89190) a le sens de l’accueil, c’est le moins que l’on puisse dire !

Dojo lumineux, kamiza élégant, accueil chez Christophe, l’enseignant, pour « l’auberge espagnole » du samedi soir, réitéré le dimanche midi, et hébergement spontané chez les pratiquants, pour ceux qui venaient d’ailleurs : Paris, Troyes et Sens (non loin de Villeneuve l’Archevêque, pour situer).

Comme tous les groupes ayant un point commun fort, l’aïkido peut se vivre comme une famille ; pour autant, cela ne se décrète pas ; cela se produit spontanément lorsqu’il n’y a pas d’enjeu autre que le plaisir d’être ensemble et de pratiquer, tout simplement.

Après un balayage rituel des tatamis, nous nous sommes mis en train, découvrant cette fois non pas des mouches – comme à Val d’Isère cet été – mais des coccinelles, tombées là comme des dés, au hasard…

Aïkido et Partage a mérité son nom pour cette première session. Et pour une première, dix-huit personnes présentes, c’est déjà pas mal. Nous comptons bien renouveler l’opération.

Quelques mots sur les interventions.

Samedi 27, de 15h30 à 17h, Christophe Massé (Villeneuve l’Archevêque) a ouvert la séance avec une préparation somatique d’une rigueur et d’un classicisme parfaits. La structure reproduisait, avec un mimétisme parfaitement intégré, les éléments de préparation énergétique de maître Tamura et de Jacques Bonemaison (7ème dan). Les techniques présentées ensuite révélaient la même rigueur : pas de parasitage, pas de mouvement inutile, un sens de l’irimi pénétrant comme une lame de sabre, tout en tranquillité. Certains pourraient trouver cette ascèse un peu « spartiate », d’une austérité un peu sévère, mais après tout… si l’aïkido est une discipline martiale, il ne s’agit pas de faire des pirouettes ou de la dentelle. Christophe nous a rappelé de ne pas « donner d’informations » en bougeant la partie du corps saisie : il faut entrer avec tout le corps, prendre le centre de la situation, ce qu’il nous a montré tout aussi bien sur ikkyo que sur soto kaiten nage. La difficulté à travailler est bien celle-la : comment pénétrer au centre, tout en décentrant l’autre, sans le perdre, sans perdre le contact, sans donner d’informations, sans qu’il ait le temps de se sentir contrarié, sans que son cerveau ait le temps de réagir… ?

Samedi 27, de 17h à 18h30 : comme il s’agit de mon intervention, je vais être plus long. Voir donc après l’intervention de Stephane Fassetta ci-dessous.

Dimanche 28, de 10h à midi : Stéphane Fassetta (Paris). Une préparation mi-énergétique façon chi-kung (qi gong) mi-sportive, pour se mettre en train le matin. Stéphane a été habile en reprenant des dimensions de pratique proposées par Christophe et par moi-même samedi (la veille) : sensation et utilisation de la gravité terrestre, ne pas donner d’informations à aïte, prendre le centre sans quoi rien n’est possible, etc. J’ai apprécié ce travail en mouvement, avec des absorptions en début de technique, en cherchant à ne pas perdre le contact avec aïte. Bouger le corps tout entier, se placer tout de suite dans l’espace (« créer son espace de travail avant même la saisi »). Tous les principes ont été réunis pour entrer dans l’entraînement du corps. Le lendemain j’ai eu des courbatures dans les cuisses, pourtant ce n’était quand même pas si sportif ! J’ai apprécié le mudra final de Stéphane… Mais où a-t-il donc appris à faire chinkon, le mudra du « sabre céleste » issu du kô shintô (le shintô ancien) qui calme l’âme et permet de retourner au kami ? Peut-être ici. Le kiaï final a ponctué d’un commun accord la fin de la pratique !

Au passage, un ouvrage de référence sur le Shintô, ce qui est rare en français : Motohisa YAMAKAGE, Shintô : sagesse et pratique (2006, et éditions Sully, 2012, pour la traduction française. Le chapitre 8 est consacré à la méthode d’entraînement systématique du chinkon.)

Samedi 27, de 17h à 18h30, Philippe Herr (Troyes). Ceux qui me connaissent savent que je pourrais écrire dix pages sur ce que j’ai fait ce jour-là, mais est-ce bien nécessaire… ? Un jour je mettrai à plat mes notes de pratique, qui doivent remonter à 1998 sinon encore avant. Pour être franc, comme il se doit, je vous dirai que je n’avais rien prévu à l’avance. C’était parfaitement volontaire. Le but d’Aïkido et Partage est d’offrir ce qui relève de notre sensibilité profonde. Le seul moyen de savoir ce qu’il y a au fond, c’est de faire confiance à ce fond, et tout en l’observant, de mettre en forme ce qui en émerge. Deux secondes avant de prendre le relai de Christophe, j’avais donc bel et bien l’esprit vide, c’était pour moi une manière de me mettre à l’épreuve. Qu’allait-il soudain sortir ? Ce qui sort dépend aussi de ma perception intuitive du profil de chacun et du profil du groupe, de l’esprit du groupe. En proposant de faire « un peu de taï-chi », j’ai voulu offrir un exercice pluricentenaire que les pratiquants de taï-chi appellent « mains collantes », ou « poussée des mains » ou « tui shou ». Il existe moult manières de pratiquer cet exercice, voir par exemple ici.

Je crois que la pratique de l’aïkido gagnerait à s’inspirer de ces « bonnes pratiques » – comme on dit – que l’on peut rencontrer dans d’autres disciplines martiales. D’autant que le taï-chi-chuan et par exemple la Ba gua zhang (la « boxe des huit trigrammes ») ont des principes profonds communs avec l’aïkido (et ce n’est pas pour rien, puisque d’après Georges Charles, un expert ès-arts martiaux – dans son excellent ouvrage de culture encyclopédique Le Rituel du Dragon – , Ô Sensei Morhei Ueshiba aurait appris le Ba gua Zhang ou des dérivés de celui-ci lors de son voyage en Mongolie… après quoi, comme l’écrit son fils dans la biographie du père, Morihei Ueshiba aurait fixé les principes pratiques de l’aïkido que nous connaissons.) Toujours est-il que mon intention était, en proposant l’exercice de « mains collantes » : d’une part de prendre le temps de sentir l’autre (sa force, son type de poussée, son type de retrait, sa respiration, son énergie vitale, etc.), d’autre part de travailler « dans le flux », et sans aucune idée de technique en tête. Je considère comme un fléau grandissant l’injonction (même silencieuse) de se sentir en demeure « d’appliquer une technique », qui plus est à partir d’une situation complètement statique (passerait encore !) mais surtout une situation bloquée (du fait d’une mauvaise et trop fréquente interprétation erronée de go no geiko). Staticité et blocage, que faire avec ça, surtout avec des débutants (disons dans la première année) ? Et même entre plus anciens, comment travailler « en blocage », sans perception du flux ? Il y a un fleuve qui coule, sans cesse, et celui qui attaque est pris dedans ; on l’aide finalement à ne pas se noyer, grâce à notre technique ; mais si le fleuve ne coule pas, la technique devient une technique « appliquée », mécanique, or nous sommes des êtres vivants, nous respirons, il faut sentir l’autre comme tel et travailler de vivant à vivant, dans le flux d’un échange. Sinon, c’est mort : c’est aussi beau, aussi laid qu’une série d’engrenages, qu’un système bielle-manivelle, et peut-être, à un niveau de sophistication élevé, aussi fascinant et parfait qu’un automate (un objet mort, éventuellement électrifié ; ou qu’un ordinateur). L’arbre (à came !) ne devrait pas cacher la forêt du sensible : la structure (bio)mécanique de l’interaction technique entre uke et tori ne devrait pas reléguer au second plan la mise en relation sensitive entre aïté et shité. Voilà pourquoi j’ai proposé de « laisser venir les techniques ». En effet, vu la structure biomécanique du corps humain, en explorant à deux, juste reliés en un point (ici les poignets), sans esprit martial quelconque, l’amplitude des gestes possibles et des positions des deux corps dans l’espace, les partenaires découvrent d’eux-mêmes des formes techniques (des possibilités de pliages –> origami ?). Comme nous n’étions pas en présence de parfaits débutants à leur première séance, certaines positions que le hasard du mouvement à deux a fait naître se sont trouvées proche de formes techniques connues, et le mouvement s’est spontanément déployé dans cette direction technique… non anticipée, non voulue. Car l’autre problème qui nous bloque l’esprit comme le corps est celui de la volonté. Mais j’ai promis plus haut de ne pas écrire dix pages. Ce sont là, ci-dessus, deux choses que j’aimerais, ne serait-ce qu’au cours de quelques exercices germinatifs, parvenir à faire éprouver : tout d’abord que le flux de l’énergie ressentie coule toujours, de toute éternité, de l’avant vers l’après, du passé vers l’avenir (sens premier et profond de l’expression « kannagara no michi » : kami = dieux ; nagareru  = couler ; michi  = chemin) et qu’il faut accueillir l’autre dans ce flux (il s’agit d’une sensation, car je n’ai aucune idée ni preuve de l’existence réelle, physique, d’un tel flux d’énergie ; mais il n’est pas nécessaire de croire pour éprouver) ; ensuite, deuxième chose : que notre volonté de faire nous bloque les sensations, du moins que la volonté filtre le spectre des sensations possibles (probablement infinies) en nous focalisant sur le connu, sur l’habitude…. C’est aussi pourquoi nombre de pratiquants plus anciens n’arrivent plus à sortir de leur manière de faire, parfois ils s’en tiennent à ce qu’ils jugent bon, parfois ils appliquent – en toute bonne foi – le modèle du maître qu’ils se sont choisi, etc. Dans tous les cas, l’arbre cache la forêt.

Il n’est pas trop difficile de voir un deuxième arbre, puis trois, puis quatre… En revanche, entrer dans la forêt, c’est autre chose. Pour cela, je crois, il faut lâcher le mental, c’est-à-dire aussi les souvenirs de ce que l’on « croit savoir ». Lâcher ce que le corps, le soma, a emmagasiné comme informations motrices (cortex moteur). Dans ce que j’ai proposé samedi, j’ai essayé d’aller dans ce sens ; certes trop vite, c’était juste un aperçu, le temps m’était compté. Ensuite je suis passé à quelques techniques… peut-être par crainte que l’on ne m’ait pas trouvé assez technique ! J’ai essayé, à genoux, sur une attaque shomen uchi, à laquelle, pour le coup, il fallait répondre par irimi nage de faire travailler l’attention (shomen et irimi en réponse étant des prétextes). Mon but était de ralentir, voire de perturber le temps automatique (j’attaque, tu réponds, j’attaque, tu réponds, mécaniquement), le perturber pour en sortir, pour entrer dans l’attention à l’autre. A quel moment allais-je claquer dans les mains pour donner le signal de l’attaque ? Cela crée un tension, qu’il faut accepter, pour s’en libérer, aussi bien du côté de l’attaque que du côté de la réponse… bien qu’il fut pour le coup possible de travailler en synchronisation parfaite à partir de mon claquement de main (il n’y avait donc pas de crainte a priori d’être en retard par rapport à l’attaque puisque les deux partenaires entraient en action à partir du même signal). Enfin, j’avais dit que nous ferions quelques minutes de relaxation pour achever cette journée… mais il était déjà 18h30 ! Je garde donc cela en réserve.

Merci à tous d’avoir été présents. Ce qui est vécu est vécu, et bien vécu !

L’affiche de la rencontre : Aikido et partage – 27 et 28 octobre 2012

Philippe Herr

About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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