Stage avec Jacques Bonemaison, 7ème dan

Du 18 au 20 mai 2012, au dojo de Villeneuve L’Archevêque, j’ai eu l’occasion de faire un stage avec Jacques Bonemaison, 7ème dan FFAB. L’ambiance était très conviviale, même familiale, et l’atmosphère des séances très concentrée.

Le jeudi 17, un « bonus » : la visite d’un temple du bouddhisme Shingon, le bouddhisme ésotérique qu’a pratiqué le fondateur de l’aïkido. Ce temple, Komyo-In, se trouve ici en Bourgogne. Après des explications générales sur le bouddhisme, nous avons assisté à une cérémonie shingon d’une heure. Chants profonds et litanies. Évocation de la mémoire de maître Tamura. Le maître du temple ne manque pas d’humour : oui, nous allons tous mourir, aussi faut-il pratiquer le détachement. C’est si simple. Beau et grand jardin ; petit étang avec ponton au bout duquel méditer parmi les grenouilles. Une merveille de détachement idyllique.

Le vendredi nous avons visité les caves de Champagne de Didier Doué, à Montgueux, près de Troyes. Observation ultérieure de Jacques Bonemaison lors de la séance qui suivit : les bulles montent naturellement du fond du verre ; elles ne se forcent pas ; ainsi doit monter le mouvement, du fond de la terre. Ca pousse, comme une plante ; c’est un processus naturel ; pas une application mécanique artificielle. Comment trouver en nous un tel naturel…?

Le samedi nous avons marché dans la forêt, jusqu’à un dolmen « rafistolé ». Observation ultérieure de Jacques Bonemaison : celui qui a rafistolé ce dolmen ne connaissait pas les dolmens ; c’est comme en aïkido, trop, trop peu, un peu à côté, dans un autre matériau… et ce n’est pas de l’aïkido. Message ? L’aïkido n’agit pas comme on poserait un pansement artificiel. Il faut entrer dans la nature même de la structure pour fusionner avec l’ensemble ; si ça se sent, si ça se voit, si ce n’est pas naturel, c’est autre chose que de l’aïkido. Il ne s’agit donc pas de rafistoler le dolmen du partenaire, mais peut-être… de faire un dolmen à deux!

Lors d’une autre séance de pratique, Jacques a évoqué la sensation d’avoir à l’intérieur de soi comme une cheminée, un espace vertical libre, qu’il me semble avoir situé là où se trouve la colonne vertébrale. C’est un espace de respiration et de liberté. Il a dit que cet espace était imprenable, qu’on pouvait être saisi à l’extérieur, mais que si l’on savait se mouvoir à l’intérieur de cet espace (ou mouvoir cet espace à l’intérieur de soi), on était fondamentalement libre et pas contraint par l’assaillant. Je pense que ce n’est pas qu’une métaphore ni un simple état d’esprit, mais qu’il pointait là sur une sensation concrète relevant d’une forme particulière de proprioception de notre axe de verticalité. Ce dernier ne serait pas à ressentir comme « plein », mais comme « vide » : c’est là une vision originale que je n’avais pas croisée jusque là (jusqu’à présent, je percevais cet axe comme « plein », et j’en avais aussi des témoignages en ce sens). La sensation concrète d’un axe vertical, oui, mais que cet axe soit en fait perçu comme une sorte de tube, voire, comme l’a dit Jacques, une « cheminée », voilà qui est original ; à expérimenter, à travailler.

Allez, encore une dernière petite chose, parmi d’autres (que je garde pour moi) : la façon de se relever à la fin d’une roulade avant. Jacques, alors qu’il est encore au sol, ne se relève pas en redressant tout de suite le buste, au contraire : il applique ses appuis en terre et se redresse, comme en dégainant, à partir de la terre. Il faudrait ici un petit schéma, que je ne peux faire. Disons qu’il se relève en suivant, depuis le sol, une courbe, et non en élevant un axe : il ne redresse pas un pylône, il étire sa structure à partir du sol, pointe du sabre (virtuel) en premier, et le reste suit – est comme aspiré – par cette pointe qui est en quelque sorte la tête motrice du mouvement. Nous sommes là fort éloignés de la structure du piquet, et plus proche de celle d’un cobra, dont la tête se soulève d’abord, entraînant le redressement progressif de la partie antérieure de son corps serpentiforme. On peut pousser jusqu’à imaginer un barbapapa (allons-y franchement) : c’est ici l’idée d’une forme modulable et modelable dont la masse suivrait  une direction ascendante, jusqu’au redressement complet du corps. Un parallèle : je me souviens que Malcom Tiki Shewan avait employé l’image d’une « serpillère mouillée » (lors d’un stage dans les Vosges, à La Claquette) : structure à la fois souple et alourdie (par l’eau dont elle est imbibée) qui, étalée sur le sol, serait tirée vers le haut en un de ses points : le reste suit tout en étant attiré vers le bas sous l’effet de son propre poids et de la gravité terrestre. Le corps humain n’est-il pas composé essentiellement d’eau? Ne serait-ce pas dans cette direction qu’il faut chercher la sensation juste, un seul point actif, le reste étant entièrement relâché (mais pas mort)?

Bonne réflexion.

About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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