Stage à Douvres-la-Délivrande (Calvados)

Ci-dessous, un compte rendu personnel du stage qui s’est déroulé ce dimanche 4 mars 2012 à Douvres-la-Délivrande.

Contexte historique :

De 1991 à 1995, j’ai travaillé et vécu à Caen où j’ai pratiqué l’aïkido au dojo de la Folie-Couvrechef dont l’enseignant était Jean-Pierre Coulon. Jean-Pierre et moi avons repris contact ces dernières années, depuis qu’il a rouvert un dojo à Douvres-la-Délivrande.

Il y a quelques mois, il m’a proposé d’animer un stage d’aïkido dans son dojo, ce qui pour moi est une marque de confiance et d’amitié. J’ai accepté son invitation avec grand plaisir.

Le stage s’est ainsi déroulé durant la journée du dimanche 4 mars, de 10h à 12h et de 14h45 à 17h15, au dojo du Hûtrel de Douvres-le-Délivrandes (10 kms de Caen, Calvados)

Nous étions 14 le matin, et 8 l’après-midi. Un cours a régulièrement lieu dans ce dojo le dimanche matin. Le dimanche après-midi est plus volontiers consacré à la famille.

Contenu et principe :

Le mail que j’ai envoyé à Jean-Pierre en novembre 2011 pour lui donner une idée de l’orientation de ma recherche et de l’esprit de ce stage est accessible ici : http://aiki-douvres.olsc.org/articles/venue-philippe-herr-a-douvres

Pour résumer, l’intitulé du stage était le suivant : « Travail de la sensation en aïkido : aïkitaïso, exercices sensitifs et production créative des techniques à partir de l’intérieur de soi. »

Je n’ai pas si souvent rencontré d‘enseignants qui guidaient l’élève à partir des propres sensations de ce dernier, à partir de son propre potentiel créatif et sensitif. C’est une bonne chose que de répéter les techniques en vue de les apprendre par le corps, mais cela ne suffit pas. Le corps sait déjà beaucoup de chose. Il sait répondre de lui-même à nombre de situations, avant même tout apprentissage technique. Lorsque le corps est dans la sensations de la gravité/pesanteur, quand l’esprit est apaisé, sans parasites, le corps (soma) produit de lui-même des mouvements équilibrés et adaptés à la situation : observez, par exemple, comment nous chassons spontanément une mouche qui vient se poser sur notre front… Si votre mental est neutre, votre geste sera simple, léger, économe. En revanche, si votre mental est crispé, alors votre geste ne sera ni simple, ni léger, ni économe, mais excessif et dispendieux en énergie. La clé de voûte est donc d’apaiser le mental pour rejoindre un état somatique d’homéostasie à partir duquel le corps et l’intention sont unis et agissent avec naturel.

Ce que nous avons-nous fait :

Matin : détente et travail de l’énergie (aïkitaïso, qi gong, etc.)

Une fois encore, les techniques en elles-mêmes sont moins importantes que la façon de les produire : le principe sensitif fondamental à éprouver est celui de la gravité terrestre, laquelle induit la sensation de pesanteur de notre propre corps et de nos membres. Tout ce qui s’élève le fait à partir de la sensation de la gravité pleine et entière.

  • A genoux, expirations complètes, doigts sous les côtes.
  • A genoux, flexions et rotations de la tête en éprouvant la sensation de pesanteur, afin d’être dans la sensation de la gravité terrestre. Il s’agit précisément d’éviter de bouger la tête en utilisant les muscles du cou ; pour cela, laisser tomber la tête après que le buste ait pris un très léger angle dans la direction où la tête doit tomber.
  • A genoux, mains posées sur les cuisses, paumes vers le haut : mouvement de larges rotations du buste que l’on retrouve dans l’Ecole de la Respiration (Itsuo Tsuda, aïkidoka, et Noguchi, thérapeute. C’est l’un des exercices fondamentaux du « Mouvement Régénérateur »). Action importante sur le rachis et tout le système nerveux. Ce type de rotations amples, qui mettent en jeu toute la colonne vertébrale et notamment le bas de la colonne, peut conduire à une transe légère (de laquelle on peut sortir volontairement). Attention à ceux qui ont des problèmes de lombaires et de dos en général pour tous les exercices qui mobilisent le rachis.
  • « La vague qui enfle et déferle » : ce mouvement est spécifique à l’aïkido, on ne le trouve pas en qi gong ni ailleurs, c’est pourquoi je le place explicitement dans cette catégorie générale que l’on appellera au choix « aïkitaïso » ou « jumbi dosa ». C’est un mouvement qu’on ne fait plus guère et c’est bien dommage. On le trouve encore archivé dans les vidéos d’exercices « callisthéniques » de Koïchi Toheï. Il correspond techniquement à un kokyu nage que l’on exécute ici sans partenaire.  (« Callisthénique », en grec, signifie : qui développe la force/énergie sans nuire à la grâce. Pas mal, non ?)
  • « L’horloge du bassin » : il s’agit-là d’un mouvement que j’ai découvert lors d’un stage de la méthode Feldenkraïs. Sa vertu est de « huiler » les disques intervertébraux et donc de redonner leur mobilité aux vertèbres lombaires et sacrées. On le pratique allongé sur le dos, genoux pliés, pieds parallèles sur le sol, bras le long du corps.
  • Faire onduler la colonne : à deux, l’un s’allonge sur le ventre, l’autre est à genoux aux niveaux des flancs. Celui à genoux pose la paume de sa main bien à plat au niveau des lombaires du partenaire allongé, prend contact avec les vertèbres, et exerce un mouvement de roulis pour faire onduler la colonne vertébrale jusqu’au pieds et si possible jusqu’aux premières cervicales. Le mouvement doit être ferme mais doux, de moins en moins ample une fois que l’ondulation, amorcée, s’auto-entretient. Il est important que la paume de la main ne soit pas simplement en contact avec la peau du dos, sinon cela reviendrait à faire bouger la peau, or il s’agit d’entrer en contact avec la colonne vertébrale pour la faire onduler légèrement comme un serpent.
  • « Ba dua jin » (les « Huit pièces de brocard » du qi gong, presque en totalité). La question s’est posée, après le stage, du cycle de respiration à adopter : faut-il inspirer ou bien expirer à telle ou telle phase du mouvement ? C’est simple : le principe de base est le suivant : il convient d’inspirer quand le corps s’ouvre, monte ou se grandit, et d’expirer quand le corps se referme, descend ou s’affaisse. Toutefois, des effets musculo-squelettiques et/ou thérapeutiques peuvent être obtenus en inversant le cycle respiratoire sur certains mouvements, par exemple sur le mouvement du « tireur à l’arc » ou sur le mouvement du « sumotori » (an kibadachi, paumes sur les cuisses, quand le buste s’affaisse sur une cuisse puis se redresse). Mon avis est qu’il faut faire attention lorsqu’on cherche à inspirer (donc à gonfler les poumons) quand le corps se plie sur lui-même, car alors l’ouverture pulmonaire occasionnée vient appuyer sur les vertèbres par l’avant de la colonne (face antérieure des vertèbres). Si ce phénomène de pression par l’intérieur reste modeste dans le mouvement du « tireur à l’arc », il est en revanche beaucoup plus puissant dans le mouvement du « sumotori ». A chacun d’éprouver, avec douceur, les effets que cela a sur lui. Attention à ceux qui font de l’hypertension : au moindre signe de trouble, vous arrêtez l’exercice et vous vous allongez.

A présent, quelques exercices conduisant à des techniques « martiales » :

  • A deux : exercice de la prise à deux mains d’un ballon. Saisie sur gyaku hanmi katate dori : tori prend un ballon de la taille d’un ballon de foot, entre ses paumes, doigts en haut, et simultanément prend la position kibadachi, sans se préoccuper d’uke. Intérêt : oublier le contexte de la saisie et donc le contexte martial, qui bloque le mental et empêche tori d’être libre. Ceci permet de trouver la bonne posture et le bon dynamisme énergétique.
  • On peut travailler à 3 : tori va donner le ballon à quelqu’un qui se trouve à 90 degrés, à côté ou bien plus loin, ce qui l’oblige à marcher en direction de celui à qui il veut donner le ballon (sans se préoccuper de uke). Si le mouvement est fait trop brusquement, uke va lâcher tori. Si le mouvement est léger et naturel, uke va tenir et suivre tori dans son déplacement… plus ou moins longtemps.
  • Exercice du bras pendulaire à gravité terrestre : on laisse tomber le poids de son bras, du coup le bras se balance ; si les hanches tombent un peu aussi, le bras va pouvoir faire un cercle. Il s’agit de travailler ceci au moment d’un saisie en gyaku hanmi katatedori.
  • On perfectionne la sensation en travaillant le rebond de sa main. On commence par laisser rebondir sa main (le tranchant) sur le tatami (en se mettant à genoux). Cette sensation de rebond est celle que l’on trouve « au fond de la gravité ». Ce que la main qui rebondit comme une balle (les fameuse « balles magiques » en caoutchouc) éprouve peut être ressenti dans n’importe quel segment du corps, et par tout le corps (on peut sautiller sur le tatami en se laissant rebondir dessus ; lorsque les hanches tombent dans la gravité aussitôt elles « rebondissent », etc.). Se laisser saisir la main en rajoutant à la simple pesanteur pendulaire du bras la sensation de rebond de la main une fois qu’elle a touché le fond. Cette « main qui revient en rebond » peut être terriblement efficace… surtout si elle rebondit vers le visage de l’assaillant ou vers tout autre point vital.

Après-midi :

Armes / Jo : séquence et (re)découverte de quelques mouvements à travailler l’engagement dans la complexité d’une séquence ; donner envie d’avancer dans le travail du jo ! Il faudra travailler le changement de main derrière la tête pour le yokomen uchi, et travailler également la façon d’amener le jo, avec un mouvement hachi no ji (mouvement « en 8 ») jusqu’en position hasso kamae.

  • Petite séquence à deux : uke attaque shomen uchi, tori se protège en sortant, avant de faire yokomen uchi, puis il tire son jo vers l’arrière et entre en yokomen de l’autre côté en lançant son jo de façon à arriver en position hasso kamae, après quoi il change la position de la main haute pour réattaquer aussitôt en shomen uchi ! Uke ne fait rien d’autre que reculer à chaque attaque !

Travail à mains nues :

Suwari waza : shomen uchi irimi nage.

Hanmi handachi waza :

  • shomen uchi irimi nage à comment capter l’attaque shomen, très puissante, de quelqu’un qui attaque d’en haut ? Comment ne pas se laisser déborder et demeurer mobile… sans anticiper ? (gestion des émotions).
  • Ryote dori ikkyo
  • Katate dori kokyunage sur entrée type ikkyo

Pour ces deux derniers mouvements, nous avons travaillé très lentement, en relâchement le plus complet possible. Tori était à genoux et devait rester quasi immobile. Seules les mains devaient se mouvoir avec légèreté « comme des nuages » (on retrouve le taï-chi-chuan). Il faut trouver quelque chose qui soit plus proche de la caresse ou du mouvement que l’on fait pour soi, comme pour « chasser la mouche sur son front », sans hâte, que d’un mouvement que l’on fait sur l’autre. Dans tous les cas, un mouvement d’aïkido se fait avec l’autre, avec l’arrivée de l’autre. Timing et tempo à rapport avec la musique. Aller plus vite ou moins vite que la musique de l’autre ne permet pas d’être aïki.

Fin de la journée, 17h15 : on s’allonge sur le dos pour faire à nouveau l’exercice d’« horloge du bassin » présenté le matin.

Salut.

Conclusion et directions de travail :

  • Sortir du contexte martial : démartialiser le contexte pour faire que le corps énergétique puisse s’exprimer. Pour cela, trouver des exercices qui s’appuient sur des choses que tout le monde sait faire : par exemple prendre un ballon des deux mains et le donner. Puis rajouter une contrainte sans changer le mouvement que l’on fait.  Autrement dit : en venir petit à petit à la martialité, et pas d’emblée, car cela bloque l’esprit, l’intention et le corps du pratiquant. On peut considérer que ces exercices sont proches, pour certains, de ceux que l’on propose habituellement aux enfants au judo ou en aïkido…
  • Utiliser la gravité terrestre, et ressentir la pesanteur des différentes parties de son corps.
  • Travailler la sensation de rebond élastique, comme un ballon qui rebondit, et ce sur tous les segments de son corps, y compris le corps complet.
  • Travailler la motricité des muscles centraux et axiaux, plus que périphériques (par exemple les muscles de la colonne vertébrale).
  • Travailler la motricité fine.
  • Travailler la proprioception.
  • Proprioception + motricité fine = ressenti de la motricité fine interne… ce qui est un travail assez rare.

About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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