Mes deux derniers stages en ligue Champagne-Ardenne, Haute-Marne

Les stages en question sont :

Dimanche 21 nov. : Jean-Pierre PIGEAU, à Montier-en-Der (52220)

Samedi 27 nov. : Jean-Claude JOANNES, à Saint-Dizier (52100)

La variété des enseignements est à l’honneur. Jean-Pierre Pigeau et Jean-Claude Joannès sont tous les deux sixième dan, mais pas dans le même registre. Il devrait d’ailleurs être rassurant pour nous de voir à quel point l’aïkido peut être abordé et pratiqué différemment. Chacun y entre par sa porte, les facettes de l’art auxquelles il est plus particulièrement sensible, en fonction d’affinités humaines, de plaisirs techniques – ou moins techniques.

Abordons quelques facettes de la pratique de ces deux experts :

Jean-Claude JOANNES : Jean-Claude Joannès (JCJ)  a suivi l’enseignement de maître

Jean-Claude Joannes : le sens du contrôle

Arikawa décédé en 2003. Ce 9ème dan a étudié avec le fondateur de l’aïkido. Son art était d’une grande rigueur technique et d’une efficacité qu’on peut qualifier de sévère. Je me souviens avoir pratiqué lors de deux stages animés par Maître Arikawa, l’un à Paris en novembre 1991 et l’autre au Mans en décembre 1992. En effet !

Arikawa pratiquait en « nouant » les membres et les articulation de son uke dès l’attaque. J’ai eu l’impression de voir avancer un « petit tank ». Malcom Tiki Shewan (6ème dan), qui lui a servi d’uke lors de ce stage à Paris, s’en souvient. Il paraît qu’ensuite une séance de massages fut nécessaire pour remettre tout ça en place… Jean-Claude Joannès a été conquis par la richesse et l’efficacité technique de maître Arikawa. Il poursuit aujourd’hui sa quête technique dans cette direction : rigueur, efficacité, réalisme. Je dirais que ce réalisme inspiré en droite ligne d’Arikawa le rapproche des techniques du Daito Ryu Aïki Jujutsu du clan Tekeda. D’une certaine manière, nous pouvons penser que, grâce à Jean-Claude Joannès, héritier volontaire de maître Sadateru Arikawa, nous remontons à la source des techniques réalistes de l’aïkido, en reprenant contact avec les racine du Daïto Ryu. Ce n’est pas rien, et il serait peut-être bon d’en avoir conscience lorsque nous participons à un stage donné par Jean-Claude Joannès. En l’occurrence, à Saint-Dizier, Haute-Marne, nous avions un bout du Japon du XVIème siècle et, si l’on remonte encore à l’origine des techniques du clan Takeda, un bout du Japon du XIème siècle ! La perspective historique donne de la profondeur. Et du fin fond du XIème siècle, nous recevons, par une chaîne de transmetteurs, des principes et des formes techniques dont il convient d’apprécier la valeur, la rareté, l’authenticité et le caractère éminemment précieux, tant au plan purement technique qu’au plan moral. Moral ? Je pense au courage chevaleresque et à l’engagement physique et mental qu’implique la réalisation de telles techniques. Pour le dire familièrement: « ça ne rigole pas. » (Bien que Jean-Claude soit jovial ; peut-être pour compenser l’absolu rigueur martiale des techniques complexes qu’il nous montre et démontre. Il y a du plaisir à travailler la complexité technique, c’est ce que me disait récemment Michel, le père de mon filleul – j’en profite pour les saluer ici tous les deux ! Lorsque c’est tout le temps trop simple… on s’ennuie. Et chacun sait par expérience que lorsqu’on s’ennuie… on n’apprend rien. )


Jean-Pierre Pigeau : le sens du déséquilibre

Jean-Pierre Pigeau : Jean-Pierre est l’élève de Maître Tamura. Humble et discret, il est même difficile de trouver une biographie de Jean-Pierre sur Internet ! Par ailleurs, Jean-Pierre est humainement accessible.

La simplicité le caractérise. Son aïkido est de la même eau. Je ne dirais pas que c’est un aïkido technique, dans le sens où Jean-Pierre ne paraît par rechercher les techniques comme base de son travail et de sa transmission. Ce qu’il cherche, ce sont les principes fondamentaux : à commencer par le déséquilibre par la captation du centre de l’autre. Il tente de nous guider, me semble-t-il, vers la sensation du « neutre ». Il existe un point et un moment neutres (ma-ai + timing parfait), à partir de quoi il est possible de guider l’autre… grâce à la technique la plus appropriée à cet instant. Mais il ne s’agit pas « d’appliquer une technique ». Le deuxième principe fondamental, m’apparaît-il, est de développer le sens de la gravité, autrement dit : sentir comment tout laisser tomber vers le bas. Ceci rejoint pour moi les parole de Peter Brady (stage à Reichstett), expert anglais de l’United Kingdom Aïkikaï, lorsqu’il a dit et répété, pour exprimer une phase essentielle de toute technique : « Drop your center ! ». Ce qui signifie : « Laissez tomber votre centre ». Ce qui ne signifie pas tout à fait la même chose qu' »abaisser votre centre », même si on pourrait le traduire ainsi. Au plan biomécanique, la différence me paraît importante : dans « abaisser » il y a une idée de volonté ; alors que dans « laisser tomber », il y a l’idée que ça se fait tout seul, qu’on lâche quelque chose, autrement dit qu’on abandonne la volonté de « faire descendre », tout simplement parce que c’est à la gravité terrestre de faire tout le boulot. Et là je crois que nous avons devant les yeux, évident, un principe essentiel, grâce auquel nous parvenons à marcher les pieds sur terre tous les jours de notre vie, peut-être LE principe fondamental de l’aïkido de Jean-Pierre Pigeau et de tous les enseignants qui ont suivi de près maîre Tamura ces vingt dernières années. On pourrait le résumer plaisamment ainsi : « La gravité est votre alliée. » Et ceci est à ressentir et à laisser se mettre en oeuvre avant même l’idée de toute forme technique. Jean-Pierre Lafont (6ème dan) (oui, il y a pas mal de « Jean-Pierre » et encore plus de « Jean-… ») fait pratiquer un exercice qui consiste précisément à tomber avec l’autre (bras-dessus-bras-dessous, je m’assois pour rouler en arrière, et sans m’occuper de l’autre, il est entraîné avec moi dans ce relâchement pro-gravitaire.) Toutes les techniques reviendraient ainsi à (se laisser) tomber avec l’autre… mais sans tomber pour autant soi-même! Paradoxe apparent. Système de poids, de contrepoids, de pesanteurs bien placées ; balancier d’horloge franc-comtoise… (En anglais, « to balance » veut d’ailleurs dire « équilibrer »). Ceci place la pratique de l’aïkido ailleurs que dans les techniques (qui sont issues pour la plupart, à 90% au moins, du Daito Ryu précédemment évoqué… tout simplement parce qu’avec deux bras, deux jambes et un tronc + tête, depuis l’origine des temps, on fait à peu près les mêmes choses au plan martial : question d’anatomie humaine ! Ceci pour dire aussi que l’essence de l’aïkido réside ailleurs que dans les techniques du Daïto Ryu…)

 

Ma synthèse :

Je pourrais m’étendre beaucoup plus, et comparer ces deux pratiques, ce que je ne ferai pas, pour une bonne raison : elles sont complémentaires. Mieux, même : il ne s’agit pas de deux aïkido différents, mais de l’AÏKIDO abordé par des facettes, des portes, différentes. Une grossière erreur serait, à mon avis, de vouloir réduire l’AÏKIDO à l’une de ces pratiques, en s’imaginant qu’elle donne le TOUT de l’AÏKIDO. Si un expert prétend vous servir le vrai aïkido, et prétend donc par là détenir la totalité de l’AÏKIDO, un conseil : quittez-le, allez voir ailleurs.

La première chose à fuir, c’est le dogmatisme ; que ce soit en aïkido, ou ailleurs. Mais l’expert qui vous a fait fuir peut très bien avoir fait du chemin en lui-même et avoir modifié sa vision des choses quelques temps après. Alors, revenez ! Après tout, ce sont des êtres humains, en évolution permanente, comme vous. On peut l’espérer (c’est ce qu’on peut se souhaiter de mieux). Et sans doute est-ce là la première des vertus à travailler : ne pas considérer qu’on sait ; mais considérer qu’on se module soi-même sans cesse en cheminant. Le signe du progrès n’est pas la certitude d’avoir compris quelque chose ; le signe du progrès, c’est le calme, le sourire, la clémence, la bienveillance, la joie de vivre, le sens de l’accueil, le sens de la préservation de soi, de l’autre, des espèces vivantes, le « care » (« to take care » = prendre soin de…) comme on dit parfois aujourd’hui.

L’idéal de l’aïkido, pour employer une image, ne serait-il pas de parvenir à transformer tout attaque en simple poignée de main?

La question est alors : quel est le chemin – technique et psychique – le plus simple et le plus apte à conduire quelqu’un à cette poignée de main ?

Au final : un délicat contact d'entente


About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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