L’aïkido, une pratique intergénérationnelle

Entre membres du bureau nous échangeons par mail au sujet de l’orientation et de la diversification de notre pratique vers de nouveaux pratiquants. Nous évoquons les seniors. Ce qui suit peut lancer une réflexion à l’intérieur d’autres clubs et permettre de trouver des arguments…

Salut,

Oui, les seniors… en effet…
Bon, on est appelé « senior » à partir de quel âge, aujourd’hui…?
Je cherche… et je trouve : « Il n’existe aucune définition officielle du terme « seniors ». Le Petit Larousse les définit comme « les plus de cinquante ans
»« . Pas de problème pour commencer l’aïkido à 50 ans et plus. Jusqu’à quel âge peut-on commencer ? Ca dépend de la forme physique, et de ce qu’en dit le médecin (un médecin qui va faire un examen sérieux). Ensuite, ça dépend de la motivation du senior en question ; et, surtout, cela dépend de la manière dont on pratique dans le club : quelle est la « philosophie » de pratique qui anime l’enseignant qui encadre ?

Un club où il y a des ados de 14 ans et des seniors de plus de 50 ans est un club très riche, humain, souvent avec une pratique qui se fait dans un esprit de partage amical et « familial », de façon intergénérationnelle, où les individus se retrouvent d’une manière que la société ne permet plus toujours.
La pédagogie à mettre en oeuvre est moins unidirectionnelle, donc plus délicate à élaborer ; mais comme chacun s’occupe un peu des autres, ça se passe bien, et ça « décharge » un peu l’enseignant.
L’accent est moins mis sur l’aspect martial de jeunes loups pleins de vigueur (entre 18 et 35 ans on va dire)… ce qui en effet peut moins plaire à des étudiants (qui veulent se « défouler »).

Merci Jérôme d’avoir remis en évidence cette attente de défoulement du jeune typique (tel qu’on se l’imagine).
L’autre pôle, à côté du défoulement, étant le « contrôle de soi ».
Les deux ne sont pas incompatibles, et c’est justement là la zone d’équilibre que l’on cherche.
(Structure possible d’une séance : après la préparation, bien se défouler par un « entraînement » ; et seulement ensuite calmer le jeu pour utiliser l’énergie qui demeure après la période de défoulement physique ; quitter l’entraînement et passer à du « cours », où on travaille en détail et plus subtilement des points spécifiques, techniques ou énergétiques.)

Dans un club intergénérationnel, de toutes façons les pratiquants se « choisissent » pour travailler, suivant ce qui est demandé à tel ou tel moment du cours, selon leurs affinités et leur âge. Les gens se gèrent rapidement eux-mêmes. Sauf au début, pendant la phase d’initiation. C’est le moment le plus délicat, et il dure quelques semaines, parfois quelques mois suivant les gens.
Une fois que quelqu’un n’a plus peur pour faire ses roulades, et les fait de manière à ce qu’elles lui permettent de se sauvegarder/protéger, la personne devient suffisamment (r)assurée pour se gérer elle-même dans ses apprentissages, durant un entraînement ou un cours.

L’argument de l’aïkido comme pratique intergénérationnelle me paraît donc un excellent argument pour le proposer à une commune. Notre orientation intergénérationnelle permet aussi de justifier (si c’était nécessaire) qu’il n’y a pas de cours spécifiquement « enfants » : tout le monde doit pouvoir travailler ensemble.

L’aïkido décloisonne les générations.
L’aïkido n’a pas d’objectifs compétitifs.
Son but (son chemin) est le développement de soi (culture physique et culture mentale-émotionnelle pour tous dans une optique d’autoprotection et de protection d’autrui).
Le paradoxe c’est que c’est une discipline (ou art) qui vise au non-martial.
Argument final : l’optique de non-conflit, de non-opposition, de non-interférence (wu wei) ; c’est une sorte d’écologie comportementale efficiente en contexte « agressif ».

Vu l’évolution de la pyramide démographique, il est certain que les clubs de sports ou plus largement de « culture physique » qui sauront s’ouvrir aux seniors ont un bel avenir.
Il faut parvenir à faire passer le message que, parmi les arts martiaux efficients, l’aïkido est un des rares à pouvoir être pratiqué à quasiment tout âge. Le taï-chi-chuan et le chi-kung, qui sont pratiqués ici en Occident, le sont souvent comme des arts de simple maintien en forme, ce qui est très bien, mais ils n’ont plus aucune efficience en situation conflictuelle (sauf lorsqu’ils sont pratiqués ainsi au sein de rares écoles, bien que cela semble commencer à se développer). L’aïkido pratiqué d’une certaine manière, dans le respect du corps qu’on a à ce moment-là de sa vie (et même du « corps d’aujourd’hui », à l’instant « t »), relève à la fois de la culture physique, de la culture psychique, et possède une réelle « efficacité », quel que soit l’âge (mais je préfère souvent parler d' »efficience »).
Cette aspect de l’aïkido en fait un art martial DURABLE, qui rentre totalement dans l’optique actuelle (parfois, toutefois, un peu marketing), du « développement durable ».
Le « développement durable de soi ».
Serait-ce une formule que nous pourrions utiliser…?

About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
Cet article, publié dans Non classé, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s