Peut-on décrire et expliquer ce qu’on a fait ?

Salut F***,

Sacrée question… Mais je l'avoue, pas parfaitement claire ; ou alors je n'ai pas tout compris.
Je ne suis pas certain d'avoir absolument saisi ; il semble qu'il y ait d'ailleurs deux questions plutôt qu'une seule…

Ce que je comprends en gros, c'est : "Est-ce qu'on sait ce qu'on a fait une fois qu'on l'a fait ?"
Il s'agit du mouvement, des gestes…

Eh bien … on passe son temps à se former, se modeler, se "programmer" au niveau moteur, macro-moteur et micro-moteur… pour que cela jaillisse spontanément au bon moment, à l'instant "t" du jour "j", sans qu'on ait à le réfléchir.

On peut prendre l'exemple du piano ou de la guitare : quelqu'un qui maîtrise assez bien ces instruments peut jouer sans se préoccuper de devoir placer ses doigts ici ou là ; il pense à la mélodie, aux sons des accords… et il joue. Mais il le peut parce que pendant longtemps il a fait des exercices conscients. Une fois que c'est dans la mémoire profonde, il n'est plus nécessaire de mettre de la conscience dans les détails : ils s'organisent d'eux-mêmes, les doigts se placent, etc.

Pareil en arts martiaux.

Quelqu'un qui apprend un instrument (de musique, ou son propre corps) de manière rationnelle, par des exercices mécaniques qui détaillent les choses, peut sans nul doute expliquer rétrospectivement ce qu'il a fait de ses doigts ou de son corps pour jouer tel morceau ou faire telle technique.

Mais quelqu'un qui n'aurait pas appris rationnellement sur la base d'exercices objectifs et progressifs par lesquels il s'est programmé… il n'est pas sûr qu'il puisse expliquer ce qu'il fait de manière verbale, avec des mots précis… En fait, il l'ignore. Ce fut peut-être le cas de Django Reinhardt, par exemple, qui a appris seul, en écoutant, la guitare… Et il y a de nombreux exemples, notamment dans le jazz.


De même, au début, les futurs maîtres d'arts martiaux copiaient les animaux… Etait-ce rationnel ? Se l'expliquaient-ils dans le détail ? Ou bien fonctionnaient-ils par une sorte de mimétisme quasiment "affectif" ou "imaginal", dans une forme de songe mimétique ?
Tout dépend si on apprend avec le "cerveau gauche" ou avec le "cerveau droit"… (Bien que ce ne soit pas aussi simpliste : les hémisphères cérébraux ne sont pas aussi strictement spécialisés que cela ; c'est donc une manière de dire un peu imagée. Sur ce point, se référer à des ouvrages de vulgarisation sur le fonctionnement du cerveau… d'après 2005.)

 

La pédagogie traditionnelle de l'aikido et des arts martiaux japonais et meme chinois est de nature mimétique. Et fort peu rationnalisante, voire pas du tout.

La pédagogie occidentale, c'est tout l'inverse.

C'est pour ça que je me suis souvent demandé, et encore maintenant, si en voulant tout expliquer rationnellement et en faisant faire des exercices "progressifs" intelligents, on ne se privait pas de l'essentiel : l'inscription mimétique des gestes et des sensations dans la conscience profonde ; et pas seulement dans la conscience néo-corticale/verbale.

Dès que la question sera plus précise… je complèterai cette note.

 

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About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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