Tout reprendre à zéro

Compte-rendu des stages de janvier 2008 : le 5 (Millat), le 11 (Lafont) et le 19 (Pigeau)

… et pourquoi finalement tout reprendre à zéro.

 

Le samedi 5 janvier 2008 – Dijon (Chenôve) – Gilbert MILLAT (7ème dan)

Gilbert Millat insiste sur la notion de centrage et la sensation de densificiation volontaire du hara qui l'instaure.

Travail du déséquilibre en se connectant complètement à l'autre.

Il apparaît clairement que la technique articulaire n'est pas le coeur du mouvement. Elle n'est que le moyen qui permet d'établir une connection avec le centre de l'autre. Le lien doit s'établir de centre à centre, et non pas simplement par les membres supérieurs. La technique est l'expression biomécanique d'une sensation de connection qui vient du centre et relie les deux centres.

 

Le vendredi 11 janvier 2008 – Montier en Der – Jean-Pierre LAFONT (5ème dan) – Ecole des cadres (Yudansha)

Exactement le même travail. J'avoue que pas mal de choses m'échappent dans les explications, ou les non explications, de Jean-Pierre Lafont… Il est difficile de traduire en mot une sensation, surtout qu'elle est toujours subjective… Centrage, déséquilibre, extension…

Comment se connecter à l'autre, avant même de faire toute technique ?

Comment ne pas se laisser perturber par son attaque, comment "poursuivre notre propre chemin" tranquillement, tout en l'aspirant à l'intérieur par la force centripète ?

Il me semble bien que tant que nous voudrons "faire quelque chose à l'autre", nous n'arriverons pas à grand chose. Il faut simplement l'aspirer à l'intérieur de soi, dans le vide central (force centripète). Déboucher la bonde qui se trouve au centre du mouvement pour y aspirer l'autre.

Alternance du plein et du vide, mais sans immobiliser aucune étape du mouvement. Par exemple : reculer la jambe quand on coupe avec la main (interne!) pour faire ikkyo après avec été saisi en ushiro waza ryote dori… Cette jambe (interne !) recule momentanément, juste l'instant de créer le vide pour pouvoir couper ; aussitôt elle revient vers uke puisque nous faisons ikkyo (contrôle articulaire du coude). On voit qu'il y a fusion entre vide et plein ; l'alternance des vides et des pleins se fait sans interruption. Il y a fusion de toutes les phases du mouvement. Sinon…. ça ne marche pas : uke peut (ré)agir.

 

Le samedi 19 janvier 2008 – Vitry-le-François – Jean-Pierre PIGEAU (6ème dan)

Exactement la même chose que ce qui précède !

Travail du déséquilibre en connection totale avec l'autre : on prend son bras contre soi et on se colle à lui. On fait une révérence, et l'autre est conduit à rouler naturellement. Même chose vers l'arrière : on se met à genoux, ou bien on roule soi-même, et l'autre est entraîné. Rien de plus évident et de plus naturel ; simplement, il faut être parfaitement en contact avec l'autre. C'est cette sensation qu'il faut avoir dans tous les mouvements, toutes les techniques, sans compenser par la technique (car le travail est alors trop périphérique, articulaire, avec compensation de force, et risque d'entraînement centrifuge.)

Travail très intéressant de guidage paume contre paume : on engage lentement ikkyo ; puis on fait irimi nage, en laissant glisser la main par au-dessus, puis même mouvement en laissant glisser la main par en dessous. On expérimente aussi shi-o-nage à partir de ce simple contact paume contre paume. Ce travail apprend à ne pas agripper, mais à conduire en canalisant suivant des lignes tangentes. Agripper bloque l'énergie et la mécanique articulaire : l'unité du corps est perturbé (- voilà un autre argument contre le travail en go-no-geiko avec des pratiquants non expérimentés).

Selon l'approche pédagogique de Jean-Pierre Pigeau, uke doit accepter le mouvement pour le ressentir. Uke ne doit donc pas se bloquer sur ses positions, ni bloquer tori. Cela n'exclut pas ensuite un travail en go-no-geiko ; mais il faut bien comprendre ce que cela signifie : go-no-geiko ne signifie pas qu'il faut bloquer l'articulation de l'autre, et encore moins l'empêcher de travailler son mouvement par des compensations de forces. En l'occurrence, lors de ce stage (samedi), nous n'avons pas travaillé en go-no-geiko, mais en ju-no-geiko (souple). Uke a accepté ce que lui donne tori ; ce qui permet notamment à uké de travailler son changement de position (tai sabaki) et la rotation des hanches nécessaire à ce changement de position (koshi sabaki). Si uke bloque et n'accueille pas ce que lui donne tori, comment pourrait-il travailler tout cela ?

"Et dans la réalité ?" ai-je posé la question à Jean-Pierre.

Après une brève réponse humoristico-philosophique sous forme de question : "qu'est-ce que la réalité ?" et l'auto-réponse de Jean-Pierre : "C'est ce qui arrive soudain et à quoi on ne s'attend pas…", Jean-Pierre a dit qu'il ne pouvait pas savoir ce qui se passerait dans la réalité. Certes. Je retiens que dans le dojo, c'est l'occasion pour uke (et tori) de travailler la totalité du mouvement. Dans la réalité… eh bien… tori entre dans l'attaque de son assaillant pour s'y connecter et la canaliser.. et advienne que pourra de l'assaillant. S'il maîtrise les ukemi, tant mieux ; sinon… tant pis.

Dernière chose : ne donner aucun information musculaire, articulaire ni même énergétique à uke. Tourner autour de l'endroit saisi comme autour d'un pivot. Pour ce faire, il ne faut pas construire votre position de squelette après avoir été saisi, mais avant ! (C'est biomécaniquement cohérent et optimal ; mais… dans la réalité (j'y reviens), est-ce qu'on a le temps de placer son corps dans la position de squelette idéale pour recevoir ce qui nous tombe dessus ? Si la réalité est "ce qui arrive soudain et à quoi on ne s'attend pas", comme le dit si bien Jean-Pierre, alors… c'est foutu, puisqu'on n'aura pas eu le temps de se placer. Ou alors… faudrait-il être tout le temps placé pour recevoir une attaque ? Toutes les formes d'attaques possibles ? Sans être paranoïaque, bien entendu.

Personnellement, j'ai senti que mon corps n'était pas parfaitement uni. Notamment, il y a des blocages au niveau des hanches. Cela est dû : à l'âge ? 😉 Au stress du boulot ? Aux aïkitaïso insuffisants pour mon propre état corporel ce jour-là ? etc. (De ce point de vue, l'aïkido est bien une voie de développement personnel : il me permet de m'évaluer régulièrement, de jauger mon état somatique et psychique… et de savoir où j'en suis dans ma vie et mon évolution d'humain. Chacun sa jauge ; moi c'est ça.)

J'en tire à présent l'objectif suivant, tout à fait personnel : je décide aujourd'hui de tout reprendre à zéro. (Jean-Pierre m'a confié que c'était ce qu'il avait fait lui-même il y a trois ans et qu'il était sur ce chemin là : tout reprendre.)

Je réapprends à marcher, à mobiliser mes hanches, mon bassin, à bouger dans l'espace…

Je décide de réapprendre l'aïkido en grand débutant.

Cela ne veut pas dire que je n'abandonne quoi que ce soit de l'expérience de mes vingt-cinq années d'aïkido (j'ai commencé en 1982 à l'âge de 17 ans et demi). Mais je dépose tout ça à terre au lieu de le porter… presque comme un fardeau. Autrement dit, je me reconfigure : je garde tous les éléments, avec l'intention de les réorganiser sous la forme d'un nouveau "système d'exploitation" de moi-même (de mon "soma" : corps-esprit).

On sait que le corps renouvèle complètement ses cellules tous les sept ans. Essayons de nous accorder à ce cycle de transformation. Se reconfigurer complètement une fois tous les sept ans, c'est un bon projet. Après vingt-cinq ans d'aïkido, je crois que cela s'impose.

C'est ce que j'attendais depuis longtemps sans le savoir : me libérer de ce que je crois savoir ; me libérer des habitudes et des "grumeaux" somato-psychiques. Retourner à des sensations simples : notamment, redécouvrir la marche ; réexpérimenter, comme un nourrisson, les mouvements des membres, et laisser renaître la coordination. Puis la synchronisation. Avec l'autre. Les autres.

Un nouveau cycle d'expérience s'engage pour les années à venir.

 

Philippe

 

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About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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