Le geste créateur, essence de l’aïkido

En donnant le titre de « geste créateur » à cette note sur la séance de jeudi, il me vient à l’esprit cet ouvrage, intitulé justement Le geste créateur et l’aïkido (de Georges Brunon et Pierre Molinari, Editions du Rocher, 1980).

Ce livre semble épuisé chez son éditeur, mais il est toujours possible de le trouver en bibliothèque…

J’en recommande la lecture. C’est l’ouvrage de deux pratiquants, dont l’un est un artiste peintre. Ce n’est pas un livre d’experts… c’est sans doute ce qui lui confère sa fraîcheur et son intérêt.

Il déploie la vision d’un aïkido en contact avec la source créatrice du geste, en chacun de nous. Loin d’un aïkido de pures formes, que je qualifierais de « pure forme », c’est-à-dire formel, académique ; loin d’un aïkido de décalcomanies mécaniques, belle hiérarchie de formes fixes, donc sans vie.

Je suis intimement concaincu – c’est désormais le fruit d’une expérience personnelle – que l’aïkido de maître Ueshiba est un outil de développement personnel dont le but et de nous faire entrer dans notre propre liberté : liberté de geste, de mouvement, de conscience, liberté d’esprit, au sens le plus large que l’on puisse donner à ce mot. Tous les mouvements de l’aïkido sont déjà en nous ; ils peuvent être générés à partir de la mise en mouvement de notre « moteur intérieur ».

Si vous faites l’expérience de tourner autour de l’axe de votre colonne en laissant vos membres supérieurs aller où ils veulent, en changeant soudain de sens de rotation à votre guise, et en modulant par moment la hauteur de hanches, vous produirez les mille et une forme possible de l’art du non-combat.

Les deux approches sont valides : celle qui enseigne les formes en ko-taï, de manière « fixée », et celle qui enseigne la dynamique de la sphère personnelle. Mais la première sans la deuxième ne vaut rien. Tandis que la seconde sans la première, si elle ne vous donnera pas les « techniques » académiques de l’aïkido telles que fixées dans les manuels, vous mettra en contact avec la source de vous-même qui génère tous les mouvements centrés. C’est elle qui est essentielle ; l’approche purement « technique » est en réalité, au plan de l’expérience de votre liberté, très secondaire.

Il est plus facile et rentable de vendre mille et une techniques figées. Il est moins aisé de vous vendre – que dis-je : de vous conduire vers – votre propre liberté. Méfiez-vous des « vendeurs de techniques ».

Tournez et tournez encore sur vous-même, en gagnant peu à peu sur le vertige. Relâchez-vous toujours un peu plus. Expérimentez la sensations de gravité, d’attraction terrestre. Expérimentez les sensations de légèreté du haut du corps, les sensations de lévitation du haut, des « branches » de votre « arbre » (l’arbre, c’est vous), pendant que les racines, lourdes et puissantes, s’enracinent dans le centre de la Terre. Ce sont des métaphores concrètes. C’est exactement cela qu’il faut chercher à ressentir.

De là, de ces sensations, résultent les techniques de l’aïkido (et d’autres arts du corps !)

L’aïkido vous offre des techniques ; mais si vous les pratiquez mécaniquement, de façon purement extérieure à vous, vous ne développerez rien de vivant ; vous ne toucherez pas la source de tout mouvement. Vous brasserez de l’air. Vous ferez de la forme. Des techniques empaillées. De l’aïkido de soldat de plomb.

Développez le centrage, l’axe vertical et la force centripète, par laquelle vous ferez que l’autre s’enroule autour de vous. Puis au moment où il va atteindre votre centre, videz ce centre. L’attaquant, aspiré en vous, trouvera le vide.

Faites le vide, pas du vent.

Le fil s’enroule autour de la bobine, vers le centre. Rien à voir avec un moulin à vent, qui envoie de l’air autour, à la périphérie.

Vous êtes la bobine  – ou la quenouille -, et le fil  – ou le brin de laine – s’enroule autour de vous. En fait, il s’enroule autour d’un axe vide. Vous avez fait de l’autre une pelote, ainsi peut-il rouler. Vous l’avez mis en boule… mais pas dans le sens figuré où on l’entend communément 😉

L’art de faire des noeuds ; l’art de faire une pelote. L’art de conduire le fil. Sans le rompre.

Cette séance fut particulièrement joyeuse et détendue.

J’espère ainsi pouvoir plus souvent donner à explorer à chacun, à partir de lui-même.

Et nous avons tout de même pratiqué, au jo, sur attaque shomen, les techniques : kote gaeshi, shi o nage, et à mains nues shi o nage, tenchi nage… dans cet esprit de sphère dynamique, d’enroulement centripète et de recherche de liberté dans le mouvement.

PH

About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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