Quelle est la source du véritable aïkido ?

 

Salut F***,

En fait j'ai bien regardé, et même sur le site http://www.aikidoka.fr je ne trouve pas le DVD de Toshiro Suga en vente…

Tout en cherchant, je suis tombé sur un forum où des pratiquants (depuis combien de temps ? de quels âges?) discutent librement du ken, du ken de Toshiro Suga, par rapport à la transmission de Saïto, etc. Ca veut le coup d'y jeter un oeil… Quel débat…

http://www.aikido-france.com/forum/viewtopic.php?t=2216&postdays=0&postorder=asc&start=0&sid=dea7b8b3890ed2864444fe1cbe3f3573

 

Une seule remarque : tous ont en tête une source idéale, une origine idéale des techniques. Pour beaucoup, seul Saïto aurait raison et proposerait le véritable ken du véritable aïkido.

Tous recherchent une origine historique et exclusivement historique pour légitimer celle qui serait la "bonne", la "vraie" pratique (du ken comme de l'aïkido en général).

Cela me suprendra encore longtemps de constater que l'on cherche la source de l'aïkido dans le plan historique, au lieu de la chercher dans le plan corporel, physique, physiologique, biomécanique, biologique, psychique et énergétique. Là est la seule "vraie" source de l'aïkido, m'apparaît-il. Personne au grand jamais ne refera l'aïkido de O Sensei, personne. Et pourtant, chacun fait de l'aïkido : son aïkido.

Ils veulent tous copier une cathédrale au lieu d'entrer dans les principe physiques, architecturaux et énergétiques qui permettent de produire à chacun son propre édifice.

Il n'y aurait donc pas de modèle parfait. Pas même le "modèle" O Sensei. Je doute d'ailleurs qu'O Sensei aurait été satisfait d'être modélisé, considéré comme une référence immobile, une image, une icône. N'est-ce pas pourtant ce qu'il semble être devenu dans l'esprit de nombre de pratiquants ?

Un maître montre la voie. Un maître n'est pas la voie. Un maître montre les principes ; il ne donne pas des techniques toutes cuites, figées dans une perfection idéalisée. Il offre des PRINCIPES.

Derrière toutes les techniques, il faut découvrir et éprouver les principes. Eprouver son propre corps/esprit au travers des principes.

Suivant cela, la forme externe des techniques est secondaire (elle est importante, mais elle est secondaire). Ce qui importe essentiellement, c'est ce qui se passe à l'intérieur : la transformation des perceptions et des sensations ; la modification du rapport à l'espace et au temps ; la modification du rapport à l'autre (et, en art martial, la modification du rapport à l'autre en situation initialement agressive).

Il y a un chemin d'apprentissage qui dit que la parfaite maîtrise des formes externes conduit à modeler la perfection intérieure (des perceptions, des sensations, de la conscience vigilente, etc.)

Un autre, à rebours, dit que toutes les formes externes possibles sont déjà dans le potentiel du corps/esprit de toute personne, et qu'il faut les réveiller et les laisser s'exprimer à l'extérieur.

Ces deux chemins sont complémentaires ; mais selon la configuration de chacun, un chemin sera privilégié à l'autre.

Dans la transmission traditionnelle des arts martiaux, le premier chemin est plus pratiqué que le second : c'est en copiant et copiant encore les formes techniques extérieures que le pratiquants va peu à peu assimilier ces formes, et qu'elles vont l'imprégner lentement jusqu'à modifier ses perceptions intérieures.

Le chemin consistant à libérer le corps du pratiquants pour qu'il puisse expérimenter d'abord les potentialités de ce corps n'est pas tellement favorisé. C'est un peu ce que l'on cherche à faire pourtant par les aïkitaïso qui sont les préliminaires de toute séance d'aïkido. Mais là encore, les pratiquants copient, font de la décalcomanie, comme ensuite pour les techniques. Et c'est normal : comment pourraient-ils laisser jaillir d'eux-mêmes des formes qu'ils ne connaissent pas ?

Attention à ce que les formes que nous proposons en tant qu'enseignant d'aïkido n'apparaissent pas comme des formes figées, qu'il s'agirait de reproduire à l'identique. Car ce faisant, nous bloquerions la libre expérience du pratiquant, nous l'empêcherions d'éprouver les possibilités de son corps. Il est extrêmement délicat de parvenir à faire sentir un principe au travers d'une forme technique, quand ne donner à copier que la forme extérieure de la technique est beaucoup plus facile.

Dans le deuxième chemin évoqué, le risque n'est-il pas trop grand de tomber dans l' "expression corporelle", sans dimension martiale ?

Il y a un risque ; mais que cherchons nous à faire : des singes martiaux ? Il est possible à de nombreuses personne de répéter des techniques pendant des mois voire des années sans entrer dans l'expérience et la sensation des principes sous-jacents à ces techniques. On peut toujours attendre et espérer que cela vienne un jour ; et cela viendra certainement… à moins que ces personnes n'abandonnent avant la pratique de l'aïkido, démotivées.

Toutes les techniques de l'aïkido, comme n'importe quelle technique martiale ou non martiale, est issue du corps humain (corps/esprit).

Tout corps humain possède le même potentiel d'expression technique. L'âge, l'histoire personnelle, les blocages psychiques, etc, tout cela conditionne l'expression concrète de l'ensemble des techniques possibles. Mais malgré tout, le potentiel intérieur reste entier. Il est possible de travailler sur ce potentiel et de lui ouvrir des possibilités d'expression concrète, chacun à son niveau de possibilités effectives. En chi-kung (ji gong), tout comme en taï-chi-chuan et dans de nombreux arts chinois, on parle de la notion de "yi", l'intention :

"Dans l'Art Martial de Yi Quan, le fait de penser à une action, par exemple enfoncer un Cela est le rôle du système nerveux, guidé par le Yi (intention)." Pour une explication complète du "yi", voir le lien ci-dessous :

http://kungfuyiquan.free.fr/sitef/fyipens.html

Il conviendrait donc en premier lieu de permettre à l'intention de se libérer pour que chaque pratiquant entre dans l'expérience de sa propre liberté, corporelle et mentale (corps/esprit).

La technique ne serait donc pas envisagée d'abord pour sa martialité, mais elle serait en premier lieu un support d'expériences duquel le pratiquant va s'inspirer pour éprouver sa propre liberté (d'intention, d'expression, d'action…)

Une fois encore dans ce blog consacré à l'aïkido, la dimension de "jeu" apparaît comme essentielle. Il faut jouer avec soi-même pour éprouver son potentiel d'actions, de sensations, d'intentions…

La voie consistant à aborder immédiatement les techniques d'un point de vue martial paraît la moins favorable au développement de l'individu et, à terme, de l'efficacité de la technique elle-même.

                                                             Ph. H.

 

 


 

 

 

 

 

 

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About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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