Séance du jeudi 16 novembre 2006 : l’engagement ?

 

… eh bien… que reste-t-il de cette séance ?

Pour une fois, je ne parviens pas à faire de compte-rendu.

Il y a eu beaucoup d'engagement et un travail somme toute assez "sportif"…

L'objectif était tout simplement de "faire bouger" ; c'est-à-dire d'engager tout le corps, les hanches, sans reculer.

Il n'est pas facile d'organiser une séance où tout le monde puisse trouver son chemin, et se faire plaisir. Il n'est pas sûr que cette séance ait été facile pour les plus débutants.

J'engage systématiquement ces derniers à aller saluer des plus anciens en début de séance. Au plan de l'étiquette, ce n'est pas aux plus anciens d'aller saluer des débutants pour les inviter à travailler avec eux, quoi que cela puisse se faire sans problème, bien sûr. Mais c'est aux débutants de montrer qu'ils veulent apprendre des plus anciens. C'est là aussi un signe d'engagement. Et les plus anciens n'ont pas à refuser de travailler avec un débutant. Le moment vient dans une séance où ils peuvent travailler seulement entre eux.

On voudrait pratiquer un art martial ; mais deux personnes sur trois, voire quatre sur cinq, n'ont pas un schéma corporel et une disponibilité biomécanique suffisante pour "faire du martial" d'entrée de jeu. 

Les aïkitaïso de début de séance sont là pour ça ? Oui, mais c'est souvent encore insuffisant. Il faut pouvoir conduire les plus débutants, quel que soit leur âge, à entrer avec leur corps dans une confiance qu'ils n'ont peut-être pas trouvée jusque là.

Suis-je parfois trop direct ? Est-ce que j'exige trop ou pas assez ? Mon "ton" est-il inductif, incitatif… Suis-je trop dans le "il faut" / "il ne faut pas" ?

Mon maître, à Strasbourg, parlait fort peu. Il n'intervenait que ponctuellement. Je le revois… Je me dis que j'essayais de comprendre ses gestes, de capter la forme du mouvement. Je m'aperçois que je ne regardais pas beaucoup le bas du corps mais surtout le haut, le buste, les bras… Erreur d'observation ! Et je m'aperçois aussi qu'alors je n'étais pas conscient de la dimension interne du mouvement, à savoir ce qui pouvait se passer à l'intérieur du corps de ce maître ! Mais comment entrer dans les sensations énergétiques de quelqu'un ?

Et s'il convenait d'inverser notre regard ? Au lieu de regarder le haut du corps et les mouvements des mains et des bras, ne vaut-il pas mieux regarder les jambes, les pieds, les hanches, et essayer de ressentir des flux… Des flux vibratoires ? Ouh là, attention au flou new-âgeux ! Et pourtant…

Travail pour soi-même : suspendu comme à un cintre, ou par un treuil au sommet du crâne, laisser les bras ballants, inertes, ne pas s'en occuper ; bref oublier le haut du corps, sauf la verticale de la colonne, le "maintien"… et tourner les hanches, en laissant se placer les jambes, les pieds. Mieux : faire partir le mouvement, l'impulsion initiale, d'un point unique, dans le ventre, le fameux seika tanden (en chinois : dan tien). Et seulement ensuite, expérimenter la transmission de cette impulsion dans la colonne vertébrale, puis dans le buste, puis dans les bras, puis dans les mains, les doigts… les ongles ! Sensation d'ondulation fouettée, que l'on concentrera jusqu'à une micro-ondulation (motricité fine interne, proprioceptive). La fréquence de ces micro-ondulation internes crée une sensation de vibration intérieure. C'est de cette sensations que proviennent et jaillissent toutes les techniques. (Pour moi l'un des mouvement d'aïkitaïso qui permet de générer une telle vibration intérieure est tama no hireburi, appelé aussi furi tama, la "vibration de l'âme", vous savez, le mouvement que l'on fait devant son ventre, les mains l'une sur l'autre, après ameno tori fune, le non moins fameux "mouvement de godille"…)

(Info : on vient de découvrir récemment que certains enfants étaient dyslexiques parce que leurs yeux ne parvenaient à fixer les mots, qui semblent bouger, être flous, ceci étant dû à une mauvaise perception de leur muscles et tendons, donc à un défaut de proprioception. Lire l'article dans le journal LE MONDE du 8 novembre 2006).

Il me semble, mais c'est à confirmer, que si en aïkido la coupe du sabre semble le modèle formel qui domine, dans nombre d'arts chinois ce serait plutôt le modèle du fouet, de l'ondulation fouettée (transmission à partir du dan tien dans la colonne vertébrale, puis à tous les membres avec concentration de la puissance dans les extrémités).

Toutefois, en regardant les vidéos d'archives, je trouve que Maître Koïchi Tohei, Maître Yamaguchi… sont plus proche de l'ondulation fouettée que du modèle du sabre qui coupe, que peuvent illustrer des maîtres comme Saïto par exemple.

Si je devais choisir, je dirais que je préfère le modèle de la pieuvre à celui de la mante religieuse. La pieuvre est multiple par ses tentacules ondulants, elle est infinie, incessante, insaisissable… La mante religieuse ne fait rien, elle attend… puis elle tranche, une fois, une seule, la bonne.

On peut conclure en imaginant un croisement martial optimal entre une pieuvre et une mante religieuse.

A observer dans la nature et à intégrer en soi par mimétisme… tant qu'il reste encore des pieuvre et des mantes religieuses. Sinon, on se passera les vidéos !

 

Philippe Herr

 

 

Commentaires: lire et poster | Envoyer à un ami

About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s