La disponibilité de uké (réflexion à partir de la séance du 9-11-2006)

 

Le thème de cette séance d'aïkido avait été annoncé auparavant : la disponibilité de uke (= celui qui attaque).

Les approches et les façons de travailler sont légion : ko tai (corps solide), ju tai (corps souple), eki tai (corps fluide), ki tai (corps d'énergie)…

Comment faire pour :

– rendre le corps plus disponible au niveau articulaire, et notamment des hanches (koshi) ?

– faire comprendre l'importance, fondamentale en aïkido, de se rendre disponible à son partenaire pour qu'il puisse travailler ?

Beaucoup de pratiquants, et pas seulement des débutants, ont tendance à travailler systématiquement en ko tai. Mais je crois que cette notion de ko tai n'est pas bien comprise. En effet, on les voit saisir le partenaire et le bloquer en se (et le) fixant sur place. Comment le partenaire pourrait-il apprendre à faire quoi que ce soit avec une telle masse de béton en face de lui ?

Répondre à une attaque en ko tai – et y répondre en faisant quelque chose qui soit de l'aïkido ! – n'est possible qu'à des pratiquants d'un (très) bon niveau. Si l'on considère que l'on reste débutant toute sa vie… on peut penser que travailler en ko tai dans un dojo ne sert pas à grand chose pour progresser. Bien sûr, ce n'est pas tout à fait exact. Maître Tamura, dans son ouvrage technique de 1984 (Aïkido, p. 51), précise que ko tai "est le premier niveau de travail, solide et précis", et que la force physique est employée pour renforcer l'ossature et la musculature du pratiquant". Il n'écrit pas qu'il faut bloquer l'autre ou l'empêcher d'exécuter sa technique en le contrant systématiquement ! Nous interprétons souvent mal le sens fondateur du travail en ko tai. Nous bloquons l'autre dans son expérience de la technique. Ce qu'il faut, c'est poser de bonnes bases techniques, avec un corps stable, mais en travaillant doucement, lentement, et surtout en se rendant disponible.

En fait, seul les plus expérimentés des pratiquants sauront comment saisir un débutant en ko tai pour le faire progresser. Un débutant qui saisit en ko tai un autre débutant n'a pas plus de chance de contribuer à son progrès qu'au sien propre.

Je pense que les débutants entre eux devraient dès le départ être conduits à travailler plus dans le sens de ju tai. Et à ne travailler en ko tai qu'avec les plus gradés, lesquels devraient savoir doser la contrainte qu'ils imposent aux débutants, sinon ils risquent de les décourager. Bien entendu, les plus gradés sont réputés les plus forts techniquement. Mais un débutant physiquement puissant et qui n'a pas encore intégré l'éthique de la pratique au dojo pourrait répondre spontanément par la force (sans mauvais esprit, souhaitons-le), et mettre le plus gradé par terre.

Donc, là n'est pas le sens du travail.

Le dojo est un espace d'expériences et de progrès ; pas un espace de luttes. Les confrontations y sont simulées : complètement simulées au départ, puis, avec l'expérience, elles le sont de moins en moins, mais restent un jeu, c'est-à-dire un échange de connivences bien dosées. Ces connivences techniques sont en réalité des ententes constructives : on accepte de suivre l'autre, on laisse son propre corps suivre les "rails" du mouvement que shite sculpte dans l'espace ; mais si le guidage est inefficace, on n'est pas obligé de suivre. Je parle pour les pratiquants d'expérience. Pour les débutants, au contraire, il faut leur permettre de suivre systématiquement, et tout au long du mouvement, et même au-delà, par une roulade. (Je ne parle volontairement pas de "chute". Je répète à qui veut l'entendre qu'en aïkido il n'y a rien qui corresponde au concept occidental de "chute" ! "Ukemi" veut dire "réception", du verbe "ukeru" qui veut dire "(se) recevoir". Il s'agit de reprendre contact avec le sol pour retrouver son équilibre et se recharger en énergie (au moins cinétique…))

La notion de disponibilité est donc centrale. La disponibilité du corps dans le mouvement est quelque chose que les plus anciens doivent permettre aux débutants de trouver. S'il ne l'ont pas trouvée eux-mêmes, il faut qu'ils s'y mettent ! On dit souvent, et ça me semble plein de bon sens, que l'on reconnaît le niveau d'un aïkidoka à sa capacité à se rendre disponible dans un mouvement conduit par le partenaire. A un plus haut niveau, on laisse son corps suivre parce que c'est la seule chose à faire pour survivre (sinon il y aurait choc, meurtrissure, mort), mais la conscience du corps reste entièrement vigilente pour pénétrer par la moindre faille du mouvement de l'autre (le cas échéant). C'est donc une disponibilité active, une disponibilité prête à renverser la situation à chaque instant, une disponibilité infiltrante ; et s'il n'y a aucune faille, alors on s'échappe en roulant. Fin du mouvement.

C'est cela qu'il faut faire comprendre et ressentir aux débutants, petit à petit.

Suivre parce qu'on est physiquement disponible, c'est se donner à soi-même toutes les chances de survivre. Ce n'est pas une faiblesse. Demeurer en opposition assure votre défaite devant un adversaire techniquement ou simplement physiquement plus fort. L'aïkido, tout comme le judo, est la voie de la souplesse, mais disons plus justement, la "voie de la disponibilité", car la souplesse se réduit avec l'âge, mais les perceptions et sensations de nouvelles dimensions de disponibilité(s) sont susceptibles de s'accroître par l'expérience et la connaissance de son propre corps (en pérpétuel transformation).

Dans un mécanisme, quand un rouage plus faible se bloque, il se brise ; lorsqu'un rouage plus fort se bloque, il brise les autres. Ceci n'a rien à voir avec l'esprit et l'efficience de l'aïkido.

Les rouages doivent s'adapter. Tout d'abord, shite (= celui qui est attaqué) doit adapter son corps en temps réel à celui de l'attaquant. Ensuite, c'est à l'attaquant d'adapter son corps au mouvement conduit par shite.

Au dojo, c'est le plus fort techniquement qui doit faire tous les efforts pour s'adapter au plus faible techniquement. S'il ne montre pas l'exemple, il y a peu de chance que le débutant se rende disponible un jour.

Les blocages sont autant physiques que psychiques. Le corps est le lieu où s'expriment les tensions psychiques. En fait, le corps est une matérialisation du psychisme. Mais, pour tout dire, il n'y a aucune différence concrète, objective, entre les deux : le corps, c'est le psychisme. Certes, seul le cerveau "pense" verbalement (= l'intellect) ; mais en réalité, tout le corps "pense", à sa manière, car il exprime, avec ses moyens (musculaires, tendineux, etc) ce que nous vivons "à l'intérieur de nous-mêmes" et ce depuis notre naissance (voire in utero). Le corps n'est donc pas une charrue tirée par des boeufs (l'esprit, l'intellect), mais il a son intelligence :  "l'intelligence du corps". D'ailleurs, nous sommes d'abord un corps, avec ses réflexes et ses instincts. Or, tant que ces réflexes et ces instincts n'auront pas été éduqués (c'est-à-dire affinés et rendus participants d'une conscience globale de "nous-mêmes"), ils resteront primaires et réactifs. L'artiste martial est donc quelqu'un qui cherche à se comprendre en tant que globalité "corps-esprit", afin de découvrir ce que c'est véritablement que ce "lui-même" censé détenir la quintessence de son individualité. Dans le zen, et même dans le bouddhisme (à confirmer par des experts), on découvre in fine que cette notion d'un "soi-même" possédant une existence intrinsèque et autonome est une illusion. Une illusion cognitive et/ou une illusion de "l'intelligence" cérébrale. La conscience doit emplir la totalité du corps ; le corps doit devenir conscient, auto-conscient ; et pas seulement l'esprit (a fortiori l'intellect). C'est d'ailleurs ce que nous sommes censés rechercher au travers de la pratique des aïkitaïso, en début de séance, et que d'autres arts (internes) comme le chi-kung (qi-gong) ou le taï-chi-chuan (taï-ji-quan) se proposent de mettre à jour et d'affiner.

Il y a ainsi un lien très fort, vital, entre l'ouverture initiale de la séance (et du corps-conscient) par les aïkitaïso, et la disponibilité globale qu'il faut s'offrir à soi-même et offrir au partenaire. Pourquoi remettre cet engagement à plus tard ? A partir de quand ? Une fois que les techniques de base seront acquises ? On peut pratiquer des années les techniques de bases sans jamais avoir perçu l'importance fondamentale de travailler sa disponibilité intérieure, puis extérieure. La disponibilité intérieur, ou interne, est un état d'esprit, plus exactement un état de conscience par le corps qui se prépare à accepter des changements, des transformations. La disponibilité extérieure, ou externe, est la conséquence de la disponibilité interne, elle consiste à accepter de se donner à l'autre pour un travail sans confrontations, sans blocages, sans crispations de l'ego.

 

Il m'apparaît qu'il devient assez difficile de poursuivre cette recherche dans l'aïkido d'aujourd'hui, du moins celui avec lequel je peux entrer en contact, c'est-à-dire une partie de l'aïkido de l'Europe de l'Ouest. Il est possible que l'esprit des années 70 (1970) ait fait craindre que l'aïkido pût suivre une voie par trop "flower power", et que les années 80 et 90 ait laissé planer l'ombre d'une pratique "new-âgeuse" (nuageuse !). Les instances haut placées ont peut-être choisi de se recentrer sur ce qui apparaissait concret, peu attaquable, non coloré par l'esprit (= le spirituel) sous quelque forme que ce soit, à savoir : la technique pure, la technique martiale, ou la dimension potentiellement esthétique et gymnique (sportive ?) de l'aïkido. Au risque de voir l'aïkido réduit à un jiu-jitsu avec un supplément d'étiquette et d'éthique.

Mais est-ce suffisant ? Est-ce là le coeur vivant de la quête aïkido ? En ce qui me concerne, cela ne me suffit pas. J'avoue que cette orientation purement technique, sans coeur "interne", est même "à côté de la plaque" de ma propre recherche, cette recherche pour laquelle je suis initialement entré en aïkido.

 

"Tu verras quand tu seras grand !"

En attendant, pratique tes techniques et tais-toi ; n'aspire à rien d'autre que l'exactitude technique, et peut-être, un jour…

Mais l'enfant qui sent en lui monter la musique, que devient-il si on exige de lui qu'il oublie cette musique vivante qui l'anime, sous prétexte qu'il doit d'abord faire trois ans de solfège et des gammes, et rien que ça ? Qu'il ne doit pas avoir la prétention, avant longtemps, d'éprouver la musicalité et de laisser jaillir sa créativité, sa sensibilité, son âme ?

A chacun son histoire et ses dons. Les enfants qui n'entendent pas de musique intérieure peuvent avec joie et profit apprendre un instrument, la musique pourra venir plus tard, certainement. Mais qu'on n'exige pas des nombreux autres qu'ils fassent taire leur sensibilité et leur créativité sous le couvercle et dans l'unique cadre d'un apprentissage qui exige d'eux qu'ils se renient, qu'ils renient ce qui palpite en eux : l'ouverture sensible à la musicalité (les dimensions mélodiques, rythmiques, harmoniques…) qui les porte, et pour laquelle ils en viennent à vouloir jouer, simplement jouer.

Je suis convaincu quant à moi de l'existence en chacun de cette source de sensibilité créatrice. Plus ou moins libre ou contrainte, visible ou voilée, elle est là, qui veille. Elle pourra prendre pour s'exprimer toutes les formes de l'art ou de la recherche (y compris scientifique). Et je pense que c'est de là, et de l'intelligence du corps, qu'il faut partir pour transmettre l'aïkido.

Jamais le travail des gammes n'a suffit pour enseigner la musique. Pas même si on lui ajoute le travail des "études" musicales (ces morceaux conçus pour dépasser, par la répétition, certaines difficultés techniques). Or en aïkido, nous enseignons les gammes et faisons de nombreuses études (chaque technique étudiée formellement à deux, sous une forme de quasi kata, est une de ces études.) Mais à quel moment parvenons-nous à exprimer et à transmettre la musique de l'aïkido ? Comment parvenons-nous à faire ressentir par mimétisme intérieur l'alliance et la concordance des opposés en une fusion mobile qui dissout les tensions ? L'aïkido est un art du geste et un art de la présence, il est l'art d'improviser dans l'espace et dans le temps en accord avec ce que l'autre joueur -le partenaire - apporte. Lorsque nous travaillons dans un dojo, nous connaissons la partition à jouer à deux (ou plus). Dans le monde réel, qui n'est pas le cadre idéal, pédagogique, du dojo, la partition ne sera pas écrite ; il faudra d'emblée trouver la note fondamentale et faire confiance au corps-conscient, éduqué par les formes aïki, pour laisser jaillir le bon motif.

Une fois encore, je prends les chats pour modèles.

Regardons les jeunes chats jouer ensemble. Ils sont l'expression parfaite de la souplesse, de la disponbilité ; ils s'effacent (tenkan) devant l'attaque et aussitôt s'élancent (irimi) et lancent souplement une patte (atemi), et roulent librement de tous côtés, sans heurts, quand le mouvement excède leur capacité de réponse.

En observant simplement les animaux et les plantes, et en mettant en jeu le processus d'imitation intérieure (ou de mimétisme intérieur), nous pouvons acquérir des capacités et des comportements martialement efficients. C'est d'ailleurs là l'origine de tous les arts martiaux : l'observation des animaux.

Au delà des grands maîtres ? La nature, qui est le maître des maîtres.

Et lorsque nous aurons décimé toutes les espèces et détruit les végétaux de notre planète, lorsque notre écosystème immédiat sera privé de ces références qui nous sont autant de supports de mimétismes pour nous développer comportementalement et psychiquement et devenir des artistes pacifiques, nous nous précipiterons dans les zoo où les derniers singes, enfermés mais joueurs, pourront se rire de nous. Et nous prendrons des notes.

 

Philippe Herr

 

Un peu de vocabulaire

Eclaircissons deux notions : celle d'atemi et celle d'ukemi.

Atemi

"atemi" vient du verbe "ateru", qui veut dire à l'origine "faire la bonne estimation de la surface d'un champ". Et "mi" désigne le corps. Un atemi est donc à proprement parler un geste précis destiné à tomber juste, et, dans un contexte martial, ce geste est destiné à tenir l'autre en respect pour protéger notre espace vital (sphère proxémique vitale, dont le rayon et celui d'un bras tendu). L'atemi peut ou non être percussif. "Atemi" ne doit donc pas être entendu au sens réduit de "frappe" ou de "coup", mais de geste précis permettant d'établir ou de rétablir le "bon temps" (comme en musique) et le "bon espace", c'est-à-dire, en japonais, le sen-no-sen (= le temps du temps ; le temps dans le temps ; le bon moment d'agir à l'intérieur d'une durée), et le "ma-aï" (ou ma-waï, c'est-à-dire l'espace correct, celui qui permet à deux pièces d'une mécanique de "jouer", par exemple).

On s'aperçoit, ici encore, de la pertinence centrale de la notion de jeu, tant au niveau temporel, qu'aux niveaux spatial et mental. Le travail de l'aïkido et les relations de partenaire à partenaire, au dojo, se déploie sur le mode fondateur et formateur du jeu, et ce aussi bien pour les débutants que pour les plus hauts gradés.

 

Ukemi

Ce mot vient de "ukeru" qui veut dire "(se)recevoir".

Le traduire par "chute" est une habitude qui induit une perception fallacieuse de la réalité de ce que doit être un ukemi.

Bien entendu, ceux qui pensent que les mots n'ont rien à voir avec les choses, ou qui pensent que toute réflexion sur le sens d'une notion est une perte de temps, peuvent tranquillement passer leur chemin et continuer à "chuter".

La définition de "chuter" est : "choir, tomber". Elle ne nous éclaire par beaucoup !

A "choir" nous trouvons… devinez ?… "tomber" !

Il nous reste à chercher la définition lexicographique de "tomber", qui est: "Etre entraîné à terre par perte d'équilibre".

Nous y voilà : une "chute" consiste à "tomber", c'est-à-dire à être entraîné au sol par perte d'équilibre.

C'est exactement le sens opposé de ukemi.

Je m'explique.

Dans le travail de l'aïkido au dojo, uke n'est pas là pour subir passivement une technique et se laisser tomber au sol après avoir perdu son équilibre. Ce n'est pas cela du tout le travail que uke doit mener !

L'ukemi résulte d'une intention consciente de uke (corps et esprit unifiés). Au départ c'est un acte de volonté, puis cela devient spontané, le corps s'adapte de lui-même. Mais l'intention centrale demeure. A aucun moment il n'y a abandon de soi dans une quelconque "chute". Uke se rend disponible dans le mouvement induit par shite en restant éveillé aux failles pour éventuellement contre-attaquer. Si aucune contre-attaque n'est possible, ou si elle est trop dangereuse, alors la dernière option est de se recevoir au sol pour y retrouver de l'énergie, s'éloigner de la zone dangereuse et se remettre en garde, ou s'échapper (si la fuite est désohonorante, l'échappatoire ne l'est pas).

L'ukemi est donc quelque chose que le corps se prépare à exécuter tout au long du mouvement induit, sans perdre à aucun moment la conscience d'autres opportunités d'action.

L'ukemi n'est pas – comme l'est la "chute" – le résultat d'un déséquilibre physique provoqué. Un uke expérimenté ne va pas au sol parce qu'il y est entraîné par shite, mais parce qu'il est déjà prêt, avant l'action, à y aller si nécessaire. Son corps s'y est préparé, il n'a plus peur de rejoindre le sol, il sait, justement, comme ne pas tomber.

Il n'y a donc pas de "perte d'équilibre" comme dans la chute. Il y a au contraire tentative permanente de rééquilibrage ; ou, plus justement : intention permanente de se rééquilibrer ; l'ultime technique de rééquilibrage étant l'ukemi entièrement accepté voire décidé comme échappatoire.

Certes, mais il y a des ukemi qui sont des roulades, et d'autres qui sont des chutes, non ? Par exemple les chutes plaquées, "feuille morte" ou "buvard", etc.

Encore une fois, c'est nous, occidentaux, français, qui avons appelé ça des "chutes"… peut-être pour les distinguer, dans notre vocabulaire appliqué à l'aïkido, de la simple (!) roulade.

Si l'on admet que la roulade, par définition, n'est pas une chute, qu'en est-il du reste ?

Les dites chutes plaquées, latérales, "feuille morte", "tampon-buvard"… sont des ukemi à part entière. Uke prépare son ultime porte de sortie. Il n'est donc pas victime d'un déséquilibre. Pas plus que le trapéziste qui lache prise pour aller dans le filet. C'est cela qu'il faut comprendre : il n'y a pas de déséquilibre qui ne soit préalablement consenti, prévu, et pour lequel le corps ne soit préparé. Si un uke se bloque à l'idée d'un ukemi, c'est soit qu'il ne sait pas faire d'ukemi, soit qu'il en a peur (et donc qu'il manque d'exercice) ; dans ces cas-là, il doit savoir qu'il s'expose, dans la réalité, à des meurtrissures ou à la mort. L'ukemi est la dernière porte de sortie, l'échappatoire ultime, l'ultime technique de rééquilibrage et non de déséquilibre !

Une question se pose : Est-il indispensable de maîtriser les ukemi ?

De manière surprenante, je vais répondre : non. Mais avec des conditions.

Si vous êtes âgé, si vous avez des problèmes articulaires ou autres, vous n'êtes pas tenu de faire des ukemi. Vous irez jusqu'à libérer vos articulations où ça vous est possible, mais sans aller au sol si c'est un problème physique pour vous.

Si vous êtes jeune et en bonne santé, il faut au contraire en profiter pour apprendre à faire les ukemi.

Toutefois, je conçois parfaitement qu'un pratiquant d'aïkido qui n'aurait pas fait d'ukemi, mais aurait appris à se rendre parfaitement disponible dans le mouvement, sans aller jusqu'à la réception au sol, puisse avoir acquis un très bon niveau. Simplement… si dans la réalité son assaillant le pousse dans une situation articulaire ultime, il ne saura pas se recevoir au sol pour s'échapper de cette contrainte finale. Mais dans un dojo… N'est-ce pas un espace de jeu où chacun peut s'entendre ? Considérons également que dans nombre d'arts martiaux, on n'apprend pas à "chuter" (comme on dit!). En taï-chi-chuan, en ba-gua-zhang, etc., je souhaiterais que l'on me confirme s'il y a des "chutes", au moins des réceptions au sol.

Les ukemi permettent d'expérimenter la sensation du vide et de la confiance en soi, et en l'autre, jusqu'à cette entrée dans le vide.

Mais pour ceux qui veulent vraiment maîtriser la confiance dans le vide, je conseille le saut à l'élastique au dessus d'un pont, le trapèze (avec, puis sans filet), ainsi que le saut en parachute (puis la chute libre). Nul doute qu'il auront acquis "quelque chose" de plus que les autres en aïkido.

 

Philippe Herr

 

 

 

 

 

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About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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