Samedi 14 octobre, Bar-le-Duc : Stage Christian Tissier, 7ème dan

 

Les points ci-dessous ont été abordés par Christian Tissier. Je les développe librement et tente de les expliciter.

Je finis par une petite conclusion sur l'impression que m'a laissé cet aïkido, ce "style", (style Tissier ? ou style FFAAA ?) et ce qui m'apparaît par rapport aux directions de travail, au "style", de Maître Tamura (et de la FFAB ?)

 

La notion de code

Il faut se mettre d'accord avec son partenaire sur les modalités de l'échange. Il faut donc respecter un "code", afin que l'apprentissage des techniques ne soit pas "sauvage". Le travail à deux est donc, du moins au départ, une sorte de kata.

 

La notion de "kokyu ho", comme "espace d'échange"

Kokyu signifie respiration (ko : expir ; kyu : inspir). Par extension de sens, il signifie l'échange (d'abord l'échange gazeux entre l'intérieur et l'extérieur du corps), puis l'échange entre deux choses, deux êtres, deux principes…

Tout le travail de l'aïkido consiste à retrouver le kokyu, c'est-à-dire "une respiration possible", quand bien même cette respiration, cet échange, était bloqué. En occidental, on pourrait dire qu'il faut retrouver un "espace de dialogue".  Ici, il s'agit d'un espace de dialogue entre un assaillant et… quelqu'un qui, dans l'esprit de l'aïkido, ne se pose pas en victime, mais quelqu'un qui a acquis la capacité de "redistribuer les cartes" pour "redonner du jeu" à l'action, afin de créer une coordination, une concordance, et, idéalement, une concorde (entre deux individus).

 

La notion et le sens de l'irimi

Il faut rester orienté vers l'autre, comme l'étrave d'un navire. Il faut entrer comme pour un "carreau" (aux boules !). C'est là le sens de l'irimi : entrer pour prendre le centre… mais sans heurt, sans opposition. C'est bien là la subtilité de l'aïkido : faire un "carreau" sans abîmer l'autre. Pour ça, il faut trouver le bon angle pour l'irimi ; cet angle est, en général, un angle de quelques degrés par rapport à la ligne d'opposition frontale. Techniquement, il s'agirait alors, plus que d'un carreau, de donner un léger "effet", comme à une bille de billard.

Corollaire : ne pas travailler à la périphérie, autour de l'autre, à ses extrémités. En effet, il faut prendre son centre. Attention à la force centrifuge (car alors on donne de l'énergie à l'autre pour s'enfuir) ; il faut au contraire rechercher la force centripète (qui permet de garder l'autre avec soi, autour de son axe central à soi).

 

Le mouvement technique est quelque chose qui se construit

Cela peut paraître évident, pourtant…

Christian Tissier fait remarquer que nombre de pratiquants bougent autour ou avec l'attaquant, mais se retrouvent au final au même point problématique, avec l'autre en face. Ou bien, ils défont au final ce qu'ils ont pourtant semblé vouloir construire : une situation finale optimale pour contrôler le centre de l'autre (et le faire chuter au besoin, mais c'est optionnel ; Tissier a eu ces mots : "la chute, c'est pour le plaisir de l'aïkido", ce qui signifie que ce n'est pas quelque chose de martialement fondamental.)

De son début à son final, un mouvement technique se construit de façon logique à chacun de ses étape. Rien ne doit être superflu, et rien de ce qui a été gagné dans cette construction dynamique ne doit être perdu ensuite, sinon, à quoi bon… ?

Au bout du compte, le puzzle, dont chaque pièce a été posée au bon endroit au cours du mouvement, doit être complet. Il ne faut pas avoir retiré une pièce en cours de route, ni disperser les pièces alors qu'on arrive au bout.

Il faut donc bien veiller à construire son mouvement de façon logique pour arriver à une acmée : le contrôle total du centre de l'autre (et son éjection optionnelle).

 

Conclusion sous forme d'impressions personnelles

Le style de Christian Tissier, le chef de file de la FFAAA, est un style très dynamique, mobile, gymnique, athlétique. Il est spectaculaire et impeccable. L'énergie est concentrée et précisément dosée. Cela tient à la personnalité et aux qualités physiques et mentales de M. Tissier. Il est loin d'être évident que tout un chacun puisse pratiquer (et combien de temps ? Jusqu'à quel âge aussi ?) un aïkido aussi, disons-le, "sportif". C'est un superbe aïkido, très externe (au sens chinois du terme, "wei tan"), mais mu par une énergie et ancré dans un travail énergétique "interne" indéniable. La question se pose de savoir si cet aïkido est transmissible, ou si, pour le pratiquer réellement, il faudrait aussi transposer toute la personnalité de Christian Tissier dans son propre corps !

La même question se pose concernant l'aïkido transmis par Maître Tamura au sein de la FFAB. Ce maître est plus âgé (plus de 75 ans, alors que Ch. Tissier n'a encore que 55 ans) ; il a fait évoluer son aïkido en conséquence, l'a purifié, l'a concentré ; c'est un aïkido minimaliste qui a peu à peu évacué le côté "sportif" ou gymnique. Pour moi, l'aïkido de Maître Tamura se rapproche de la pratique du taï-chi-chuan, mais avec les formes de l'aïkido. Il semble le pratiquer comme un art interne ("nei tan", au sens chinois) plutôt qu'externe.

Les principes biomécaniques, ou de géométrie dans l'espace, de ces deux pratiques, me semblent absolument les mêmes. Ils sont simplement réalisés différemment, du fait de la personnalité, de la culture et de l'âge de ces deux maîtres. Au plan énergétique, le travail de Maître Tamura est plus interne, celui de Tissier plus externe. Au plan de l'effacicté réelle… qui douterait que chacun de ces deux maîtres peut être très efficace ? Mais l'efficacité de Tissier est-elle similaire à celle de Tamura ? L'une est-elle assimilable à l'autre ?

Personnellement, je crois que l'aïkido n'est pas réductible à ces deux-là. Tout aïkido n'existe qu'en tant que réalisation d'un style personnel, par un individu, avec son histoire, son caractère, sa vision du monde, son expérience de la vie, etc. Exactement de la même manière qu'il y a autant de "petite musique de nuit" de Mozart qu'il y a d'interprètes. La partition est toujours la même ; l'interprétation, jamais identique. Les techniques de base de l'aïkido sont connues de tous ; leur réalisation effective n'est jamais la même suivant les individus. Mais il y a des principes fondamentaux, "architecturaux", qui signent la validité d'une technique d'aïkido ; de même qu'il y a des lois d'harmonie en musique, et des principes acoustiques en physique et physiologie de l'audition ; il y a un "donné" bien réel. Avec ce "donné", et la grammaire (=le code) qui en donne les possibilités combinatoires, chacun peut écrire sa musique et interpréter ses morceaux ; chacun peut (se) faire son aïkido, le seul valide au bout du compte au plan individuel.

Le seul aïkido véritable est celui que chacun se construit, sous l'influence d'un ou de plusieurs maîtres. Et je tiens à ce "plusieurs" ; car je ne vois pas comment, hormis pour un tout débutant, il est possible de trouver son aïkido en faisant l'impasse sur toutes les explorations individuelles effectuées par d'autres, et pas seulement les grands maîtres. Un débutant peut très bien révéler, sans s'en aperçevoir lui-même, une piste ou un défaut à un plus gradé… pour peu que ce dernier accepte de se remettre en question… et qu'il accepte que la source de son changement puisse venir d'un débutant.

Si l'on a de moins en moins peur, de soi comme de l'autre, et qu'on se sent de plus en plus libre, d'agir et d'exister, alors c'est qu'on doit être sur la bonne voie.

Il me semble que ce que l'on appelle "l'efficacité martiale" découle d'un telle évolution intérieure. Les techniques sont les outils qui, initialement, construisent cette liberté, et, finalement, expriment cette même liberté.

Alors, à chacun suivant son âge, son énergie et son rêve de liberté !

Votre aïkido existe ; à vous de le trouver ; mais, au bout du compte, pas ailleurs qu'en vous-mêmes.

 

 

 

 

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About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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