Séance du 2 mars : Ikkyo et le sens du contact

 

Préliminaires : aïkitaïso habituels

 

Les techniques :

Ikkyo sur katate dori

Ikkyo sur ryote dori

    • en saisie statique mais souple
    • puis au moment du contact, juste avant la saisie de uke

Conseil : garder le contact. La sensation est celle de la tension d'un fil de soie qui ne doit pas casser. Prolonger l'intention et le geste de l'attaquant au moment du point de non retour (pour lui).

 

Ikkyo avec le jo :

    • sur attaque
    • sur sollicitation

Conseil : continuer à marcher sur uke tout en exécutant le mouvement, avec l'intention de le dominer et de contrôler tout intention de réattaque possible.

 

Observation sur la perception des cafards :

Outre la dimension défensive des techniques, celles-ci ont une dimension formatrice des perceptions de l'espace et du temps. Les techniques sont ainsi des vecteurs de conditionnement des perceptions, des sensations, et de ce que l'on peut nommer l'"esprit" (pour ceux qui acceptent ce terme, global et flou, mais bien utile). La formation de l'esprit se fait au travers de celle du corps. La différence fondamentale entre un art martial et une autre activité physique (sportive ou non), c'est le jeu perpétuel avec l'agressivité : celle de l'autre, mais aussi la sienne propre. L'objectif et d'apprendre à sentir la présence de l'autre, comme corps, mais aussi comme esprit. Puis de sentir son "état d'être" et de percevoir l'orientation de cet "état d'être", c'est-à-dire son "intention". Pour ce faire, il faut s'ouvrir, comme une antenne parabolique. Il faut accueillir toutes les perceptions venant de l'autre et de l'environnement. Peu à peu, on remplace sa réactivité impulsive par une autre forme de réactivité, travaillée et canalisée, construite et harmonisée. Dans un état d'être calme et serein (donc idéalement sans peur de la mort), il est possible d'accueillir ce qui vient de l'environnement et ce qui vient de l'autre (assaillant potentiel ou non). Dans cet état d'être, cet état mental, le temps ralentit et l'espace devient plus ouvert et pleinement habitable. Le temps comme l'espace semblent s'ouvrir, ils se déplient et se déploient… Il est alors possible d'agir sur d'autres "temps", au sens musical. D'une mesure battue à 4 temps, on passe d'une mesure battue à 8, 16, 32, 64 temps, etc. On peut voir cela comme un accès à la dimension fractale du temps. Là où l'assaillant perçoit le temps comme divisé, par exemple, en 4 temps forts, vous pouvez percevoir le temps comme divisé en 16 temps forts, ou plus. Ces indications chiffrées sont des transpositions schématiques, et purement quantitatives, alors que la sensation éprouvée n'est pas quantitative, mais plutôt qualitative. On ne se dit pas qu'on à 16 temps forts pour réagir. On le sent. On sent qu'on est entré dans une dimension perceptive plus fine, qui fait que le champ d'action temporel s'est déployé. La conséquence martiale est qu'il est possible d'agir sur des "temps" ou votre assaillant ne peut pas agir, parce qu'il ne les perçoit pas ! Il en est de même pour l'ouverture à l'espace et la perception d'une "réalité spatiale augmentée". (Pour les intéressés, on parle plus spécifiquement de "enhanced reality", "réalité augmenté", dans le domaine de la recherche informatique appelé "Réalité Virtuelle". Il s'agit en gros des apports possibles de l'informatique aux sens et aux perceptions de l'être humain.). En commençant par ouvrir le regard à la vision périphérique et non plus seulement à la vision centrale, on englobe visuellement plus d'espace, et l'attention ne se focalise pas sur un point (puis sur un autre, séquentiellement), mais elle englobe totalement l'espace, sans focaliser, ni séquentialiser des focalisations. La globalisation des perceptions est ainsi un facteur d'efficacité martiale. Dire qu'il suffit d'être plus attentif ne suffit pas. Encore faut-il expliquer par quels moyens devenir martialement plus attentif. Le type d'attention nécessaire pour suivre un cours de mathématique par exemple n'est pas le même type d'attention nécessaire dans un contexte martial. Dans le premier cas, l'attention est thématique et séquentiellement focale ; dans le second, elle est non-thématique (donc sans sujet ni objet), non-séquentielle (donc immédiate) et non-focale (c'est-à-dire globale). Pour entrer dans un tel état de conscience et un tel état d'être (le corps devenant conscient, et non pas seulement l'intellect -le néo-cortex-), il importe de comprendre son système nerveux autonome et d'entrer "en sympathie" avec lui. Nous connaissons mieux ce que nous propose notre système nerveux central, qui nous permet d'agir volontairement, et donc consciemment (au sens où nous l'entendons couramment) ; mais le système nerveux autonome nous permet d'entrer dans la conscience du corps, qui est la conscience animale (dont nous bénéficions aussi en tant qu'animaux humains). L'avantage de l'être humain, sur ce plan, c'est qu'il peut négocier ses modalités d'attention, dans un jeu d'équilibre subtile, entre le pôle "volontaire" et le pôle "autonome" que ses sytèmes nerveux lui autorisent. L'attention dont il est question en arts martiaux est un un type d'attention qui s'installe au coeur de l'agressivité (de l'équilibre physiologique, nerveux, etc, qui constitue le sous-bassement biologique de la sensation interne d'agressivité) ; l'attention s'installe entre vie et mort.

Et les cafards, dans tout ça ? Ils sont une des espèces les plus résistantes, pour des raisons génétiques, mais encore ? Ils perçoivent le temps très lentement. Ce qui pour nous dure un quart de seconde dure plus longtemps pour eux. Le temps est relatif ; la perçeption du temps dépend de la biologie du corps et des structures nerveuses propres à chaque espèce. Il semble que l'être humain, lui, puisse travailler volontairement ses perceptions pour les modeler différemment suivant les usages qu'il en souhaite. On ne dira pas qu'il faut devenir comme un cafard pour sauver sa vie dans un contexte d'agression… mais les cafards sont plats, proches du sol (grande stabilité !), d'une teinte neutre qui les camoufle, et peuvent réagir ultra-rapidement (grâce à leur perception du temps)… par rapport à nous (dans notre état de conscience habituel).

Rappelons-nous que l'origine des arts martiaux (au mont Wu Dang pour les taoïstes, à Shaolin pour les bouddhistes), c'est l'observation des comportements animaux…

(Si vous n'avez pas de vrai maître à suivre… et comme il est assez difficile d'avoir un cafard domestiqué… prenez un chat. Mieux : deux. Et regardez-les jouer à se battre.)

 

Pistes

Pour réfléchir sur la conscience avec un biologiste cogniticien (et entendre parler des cafards) :

http://www.overdream.com/html/varela.htm

 

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About Philibert de Strasbourg

Originaire de Strasbourg, mon prénom est un pseudonyme paraphonique directement inspiré de mon prénom et de mon nom réels. J'aime le son des cathédrales et le souffle des pages lues.
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