Notes de séances

Les notes de séance qui suivent sont une sorte de pense-bête. Elles anticipent parfois la séance, qui n’en réalisera qu’une partie ; parfois elles suivent la séance et en rendent compte. Elles sont plutôt destinées aux enseignants qu’aux élèves. A une première partie "Aïkitaïso" correspond une partie "Techniques". En effet, la pratique des exercices physiques, somatiques et psychosomatiques de l’aïkitaïso est parfois insuffisamment considérée et développée. L’aïkitaïso n’est pas un "échauffement" préliminaire : c’est de l’aïkido.

2010

septembre (8, 15, 22 et 29) : reprise de contact avec soi, avec les autres et avec l’aïkido ("débourrage" varié) !

6 octobre : Aïkitaïso : torifune et furitama (piste vidéo maître Tamura). Techniques : Ikkyo sous toutes les formes, mains nues + armes. Objectif : poser toutes les bases techniques du premier principe (Piste video)

13 octobre : pratique en commun avec l’autre club d’aïkido (Aïkido Club de Troyes, FFAAA). Essentiellement travail du ken et du jo. La séance mixte entre les deux clubs des deux fédés a été bien appréciée par tout le monde. On gagner à partager.

20 octobre : aïkitaïso plus libérés… se laisser porter par les mouvements et la respiration pour décharger l’intellect. Ukemi mae ; déplacement avec ken (type kenjutsu). Personnellement, je me suis senti dans un état d’unité et de joie à la fin de la séance. Ceci s’est poursuivi durant la nuit, avec un sommeil profond et paisible, et un rêve très intense, nourrissant pour l’âme, qu’il est impossible de raconter. Ce rêve contenait un enseignement de nature spirituelle. Ecoutez vos rêves.

27 octobre : vacances Toussaint, pas de cours ce jour-là.

3 novembre : séance d’entraînement habituelle.

6 novembre : séance exceptionnelle de trois heures. Aïkitaïso sur la base des mouvements respiratoires du ba duan jin (8 pièces de brocart). Travail progressif des roulades avant : à genoux, mi-genoux, debout. Déplacement irimi-tenkan sur saisi aihanmi katatedori, conduisant à kote-gaeshi. Katate dori uchi kaiten nage. Suwari waza : shomen uchi irimi nage. Au ken : shomen uchi kote gaeshi. Ken/jo : attaque au ken sur ouverture au jo ; le jo se protège et entre entre les mains de uke ; "roue" avec le jo pour projeter uke, qui garde son ken en main.

10 novembre : séance d’entraînement habituelle…

17 novembre : Suite au stage que j’ai effectué à Paris à l’Ecole Itsuo Tsuda (aïkido + "mouvement régénérateur"), j’ai ajusté et ajouté quelques exercices dans la préparation (aïkitaïso). Rien de tout cela ne m’était étranger ; il suffisait simplement de le réinjecter. Les changements ne font que commencer, suivant les axes essentiels de la RESPIRATION et de la SYNCHRONISATION avec l’autre (par exemple en exécutant tous ensemble en même temps certains exercices, comme irimi-tenkan – mais aussi pas mal d’autres – au lieu de les faire tout seul à son rythme… ce qui est possible mais dans un deuxième temps). Par ailleurs, la dimension RITUELLE tendra à se dessiner plus nettement, notamment en début et en fin de séance. Enfin, le choix de "goûter au ki" sans attendre, plutôt que de demeurer dans la technique pure, souvent frustrante, me paraît plus sensitif et créatif. C’est le corps (soma) qui doit parler :  ça doit venir de l’intérieur de soi, du soi-tel-que-perçu-et-senti-maintenant-là ! Il faut arrêter de vouloir plaquer des techniques sur un corps qui n’en veut pas forcément. Le syndrome du "chien savant" est toujours tapi dans l’ombre, là où on ne l’attend pas, là où on ne le voit pas. Il ne s’agit PAS DU TOUT de se dresser comme un chien savant ; personne ne doit nous dresser, pas même nous-même ! Il ne faudrait pas confondre (auto-)discipline et dressage. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre mais qu’importe : venez pratiquer. La pratique retrouve un sens que l’orientation technique lui avait fait perdre. L’aïkido est une approche somatique, une approche spirituelle dynamique de la présence somatique en devenir permanent; une expérience de la mouvance et du changement… en vue de l’équilibre, ici et maintenant (pas demain!). Mais ceci n’est plus une note de séance. Lisez le blog.

Décembre….

2011

… et janvier :  Quoi ? Je n’ai rien écrit depuis le 17 novembre ? Récemment, il y a eu quelques 5ème et 4ème kyu, félicitations ! Auparavant, à deux reprises, il y a eu des séances de pratique fort sympathiques avec l’autre club, à 300 mètres (au COSEC 2 ; nous nous sommes à la Halle sportive de l’Université de Technologie de Troyes.) J’ai encore envie de le dire une fois alors je le dis : pratiquez l’aïkido sous toutes ses formes… et laissez votre corps intégrer les choses. Il n’en retiendra peut-être que 10%, peut-être 20%, mais cela sera en vous, sera assimilé, et ce sera votre aïkido, en germe et en développement. Le reste… les effigies et les statuts, le pouvoir et les guéguerres fédérales ou de clubs… pfiou ! qu’est-ce qu’on s’en moque ! La nature, elle, objective, toujours là telle quelle, n’en est pas affectée. Elle se tient comme LE modèle, éternel dans sa dynamique de transformations yin yang.

Février et mars 2011

J’avais commencé par rédiger quelque chose… et puis ça a donné le petit article intitulé "Un guide vers l’énergie", qu’on peut donc lire directement dans le blog, ici.

Avril, mai, juin 2011

Déjà s’achève la "saison sportive". Ambiance sympathique, quelques passages de kyu. Le club demeure modeste par le nombre de pratiquants. Beaucoup de volatilité. Nous sommes en quête d’un second créneau de pratique hebdomadaire. Des projets pour l’année prochaine…

Septembre, octobre, novembre, décembre 2011

Le temps passe vite, c’est à peine croyable, et franchement inadmissible. Il paraît que le temps passe vite quand on ne s’ennuie pas ! Mais il passe vite aussi lorsqu’on vit dans une routine à peine consciente : le risque est alors de vivre dans un éternel faux présent, une sorte de suspension de l’action véritable et du progrès intérieur. Il faut se rafraîchir l’esprit, tous les jours, ce qui n’a rien à voir avec le "divertissement" et l’entreprise culturelle qui en fait une source de bénéfices. "Sans but ni esprit de profit", c’est l’adage fondamental des progrès de l’esprit.

L’année 2011 s’est ouverte sur un nouveau créneau de pratique, comme nous l’avions souhaité. Désormais, nous sommes une section d’aïkido de l’ASPTT de Troyes. Le club "loi de 1901" créé en 2008 sera prochainement dissout, puisque toute notre activité se déroule désormais au sein de l’association multisports ASPTT. Nous avons donc un vrai dojo (tous les lundis soir) ; le mercredi soir nous continuons notre pratique dans la salle de la halle sportive de l’Université de Technologie de Troyes (U.T.T.)

Le club reste modeste en nombre de pratiquants (une douzaine d’inscrits). Notons, avec joie, l’arrivée de Kévin, 1er dan, étudiant à l’U.T.T., qui participe régulièrement à nos séances, au plus grand plaisir de tous.

2012

Janvier à juin 2012

J’ai pris mon parti que ce ne soit plus ici des notes de séances, mais, de loin en loin, une petite intervention de ma part. Le temps passe vite ; à force de le répéter, j’en suis moi-même l’horloge. Mais est-ce que c’est important, cette vitesse objective des horloges ? Il peut se passer plus de choses dans notre vie en une seconde qu’en dix ans. Est-ce bien vrai ? Le temps subjectif est élastique. L’enfant vit mille et une choses en une après-midi ; il découvre le monde, c’est dense, intense, nourrissant, il est comme une éponge, naturellement. Ensuite, ça tend à se sédimenter dans la tête, et ça aspire moins le réel ; l’éponge a formé quelques tubes, des voies où passent et repassent les bisons, ces voies que l’on a choisies pour y placer les voies de chemin de fer du temps de la conquête de l’Ouest. Il ne faut pas tout briser dans notre tête, nous n’y survivrions pas. Mais pour retrouver la richesse d’une seconde, il faut redevenir comme une éponge qui absorbe tout sans quasiment rien filtrer. Il est possible de mettre un instant de côté les voies de chemin de fer, ces réseaux de neurones que nous privilégions depuis si longtemps qu’ils constituent concrètement notre identité neuronale et cognitive.

Le temps passe, et je ne parle pas d’aïkido. Je continue de découvrir l’aïkido. C’est toujours ma pierre de touche, ma borne, là où je m’use et me forme. Je ne suis pas particulièrement doué – ça se saurait, n’est-ce pas? – mais les centaines voire les milliers de difficultés auxquelles j’ai été confronté me donnent à présent le sens de l’obstacle ; et aussi le sens de l’obstacle chez les autres. Un bon enseignant ne naît que de sa propre expérience des obstacles ; plus cela a été dur pour lui, plus il est à même d’aider les autres. Quelqu’un de doué ne fait pas nécessairement un bon enseignant : où aurait-il appris le sens de l’obstacle? les stratégies pour le franchir? L’humilité sans quoi on reste sur place? Celui qui en a bavé connaît de plus nombreux chemins que celui auquel il a semblé parcourir une autoroute sans jamais connaître l’ornière, ni même parfois le paysage. L’éprouvé est moralement autre. Plus à même de guider les autres. Les plus doués peuvent enseigner aux plus doués, certes ; une élite ainsi se dégage. Mais à quoi travaillons-nous? A former une élite? Une élite qui servira à quoi? Question que l’on peut poser pour toutes les élites. Une élite qui fera perdurer la bonne forme dans l’écrin de son temple sacré, à l’écart des profanes qui barbotent dans une pratique que les hautes sphères considèrent moyenne voire médiocre? Les progrès relatifs que l’on fait par rapport à soi-même sont bien plus essentiels à la formation de notre humanité propre et à l’Humanité tout court dans sa globalité que l’existence de quelques "champions", qu’ils dansent ou non sur un podium ou s’affichent ou non derrière la vitrine de la gloire (certains poussent leur orgueil jusqu’à rester discrets). Je ne m’attendais pas à lâcher ici quelques traits pamphlétaires ; mais je m’aperçois que le goût du POUVOIR demeure bien enraciné dans les cœurs et les corrompt. Le goût du PARAITRE, et la gloriole. L’aïkido doit rester simple ; exigeant mais accessible ; il ne doit s’enfermer dans aucune pensée unique, dans un aucun dogme ; mais parfois l’esprit dogmatique prend des formes qui ne le laissent pas repérer. Ce n’est pas parce qu’une technique est ample et spectaculaire qu’elle est efficace et vraie ; ce n’est pas parce qu’une technique est minimaliste et brève qu’elle est le signe de la qualité, de la profondeur. Celui qui n’ouvre jamais la bouche n’est pas nécessairement un sage ; c’est peut-être un idiot qui ne sait pas expliquer ce qu’il fait. Celui qui parle beaucoup dit peut-être des choses essentielles, subtiles et nuancées, proches de la complexité du réel dont il essaie d’appliquer sa parole aux méandres. Certains maîtres exécutent les techniques en riant et en bondissant de tous les côtés ; d’autres affichent un visage neutre et ne bougent guère. Où est le principe fondamental? Suffit-il de tenir son axe vertical libre, le reste du corps étant aussi décontracté qu’une serpillère mouillée, pour que l’attitude soit bonne et l’art efficace? L’aïkido est un appel à la découverte de ses propres libertés, physiques et psychiques, pour toucher l’essence de la liberté d’être. Il ne peut y avoir là dedans ni dogme ni même morale : la quête sensitive de sa propre liberté se déploie dans une expérience proche de la danse. C’est pourquoi l’aïkido, son cœur même, ne peut-être strictement martial. Il est au fond aussi peu martial qu’une danse de derviches tourneurs. Son génie martial vient de ce qu’il permet de sortir du cadre de la martialité classique. S’il s’agit, avec l’aïkido, de non-combat, c’est parce que l’aïkido se joue d’emblée hors de l’espace des conflits, concrètement, ici et maintenant, au moment de l’assaut, à la manière d’une danse (kagura maï, danse sacrée, inspirée, extatique et circulaire, qui crée le mouvement, voir ici par exemple.) L’assaillant tombe dans cette danse comme en un courant qui l’emporte. Cette danse a commencé bien avant. Sentez-la comme ayant commencé de toute éternité.

Délicat de synthétiser en quelques mots ce qui précède. Ce ne sont que quelques impressions rapidement jetées. J’ai envie de dire que l’essentiel est d’être en quête de sa sincérité. Quel est la qualité de ma présence en cet instant ? Puis-je avoir suffisamment d’humilité, là, tout seul, par rapport à moi-même, pour m’ajuster, m’accorder, laisser tomber les poids, les culpabilités sourdes, les mauvais rêves, les fausses croyances, les flux et reflux qui me ballotent depuis si longtemps qu’ils sont devenus mon biotope mental (l’eau que le poisson ne voit pas, ni même les limites de son bocal)? Comment puis-je être mieux au monde? Faut-il du temps pour cela? Le temps passe vite, rappelle-toi. Mais est-ce important? Tout ne se peut-il jouer dans l’instant? Pourquoi faudrait-il des années pour devenir vraiment soi? Pourquoi pas, alors, des siècles? Et pourquoi pas une seconde, là maintenant.

J’ai envie de te dire : allonge-toi, et laisse-toi respirer. Qui respire ? Qu’est-ce que c’est ce qui en toi respire? Peux-tu t’empêcher de respirer? T’arrêter? Qu’est-ce qui fait que la vie respire en toi? As-tu déjà bien pris conscience de l’ampleur vertigineuse de ce mystère : que ça respire en toi? T’es déjà senti comme temple dépositaire de cette respiration qui se poursuit malgré toi, quoi que tu fasses? T’es-tu déjà senti comme l’espace sacré d’un mystère? Un mystère que, de plus, tout le monde partage? Et pas seulement les êtres humains. As-tu déjà pris conscience de ce dénominateur commun, de ce mystère commun qui fait que tous, comme toi, sont vivants? Et vivants au même moment que toi? Certes oui, vous disparaîtrez un jour, mais avant, aujourd’hui, vous êtes bien vivants et partagez en même temps le même mystère : une forme de présence commune fondée sur un mystère intérieur sensible à ta conscience, en fait un moment de miracle dans l’histoire du monde, qui sait, peut-être unique dans l’univers.

Juillet et août 2012

Stage d’aïkido fin juillet, conduit par Jacques Bonemaison, 7ème dan, à Val d’Isère. Chronique personnelle par ici. Quant à août, divers promenades dans la forêt d’Orient, agrémentées d’exercices énergétiques et de respirations. Je m’aperçois d’une chose : j’ai trop de tensions en moi. Ce sont des tensions nerveuses, physiologiques, tendineuses, etc. Mais au fond toutes ces tensions proviennent d’une tension fondamentale, de nature existentielle. Ma propre présence au monde, le "qu’est-ce que je fais là ?", est le grand moteur causal. Prendre les choses avec plus de douceur, voilà un bel objectif de développement. Le monde humain est suffisamment brutal et tranché pour que nous nous donnions comme simple mission de l’assouplir et de l’adoucir. Cette tension émotionnelle, laquelle a engendré une perte partielle des repères, étaient également présente lors de mon passage du 4ème dan en juin. Le contexte est suffisamment artificiel, si loin de l’aïkido !, ce passage est si formaté et si étranger, pour moi, à une possible expression de ce qu’est l’aïkido, que je m’y suis engagé à reculons ; c’est du moins ce dont je me suis aperçu, sur le coup. Au fond, je n’avais pas envie de faire ça. J’ai eu l’impression de devoir faire une démonstration martiale ; et j’ai horreur de ça. J’ai précisément commencé à pratiquer l’aïkido en 1982 pour ne jamais avoir à faire de démonstration martiale. Je n’ai pas envie de montrer ni de démontrer, j’ai envie de vivre. J’ai pourtant passé et obtenu les 1er, 2ème et 3ème dan. Le 4ème dan est un obstacle technique majeur, il n’accepte pas d’approximations, cela je l’entends bien. C’est le contexte de "stands" et de "passage à la chaîne" qui me désole et me fait fuir. J’ai l’impression d’être un numéro ; un animal auquel on demande de faire son tour de cirque, avec un catalogue de tours plus ou moins gymniques… Si le contexte était plus posé, si nous pouvions échanger avant, s’il y avait moins de monde (y compris dans les gradins, à filmer)… Qu’évalue-t-on, en 20 minutes, de la pratique d’un individu? A-t-on accès à ce qu’il sait vraiment faire et "être", au fond ? Et puis faut-il continuer à subir des projections malhabiles sur koshi nage lorsqu’on approche de 50 ans ? Il y a une non prise en compte de certains paramètres, liés à l’âge et à l’état physique. Demandons pour voir à certains maîtres de repasser un 4ème dan dans de telles conditions…

Septembre 2012 : la reprise avec la DOUCEUR comme guide

Il semblerait que le goût de refaire de véritables notes de séance me reprenne…

Lundi 3 septembre, reprise des séance. Première séance au dojo de l’ASPTT. Décision de travailler cette année la douceur. L’aïkido n’est pas un ensemble de techniques interventionnistes. Il ne s’agit pas de faire quelque chose sur l’autre, mais avec l’autre. En conséquence, il ne faut pas en rajouter plus qu’il n’en donne, mais moins. : il s’agit bien de retirer de la violence, donc avant tout d’en absorber, comme l’éponge. L’autre axe pour cette année est la prise en compte bienveillante de la respiration. Je vais le dire de manière un peu directe, mais je crois que j’ai oublié de respirer, de plus en plus, ces dernières années. La respiration tend à se poser, à s’arrêter à des stade d’apnée, basse ou haute ; le flux respiratoire n’est pas fluide et continu, dans la vie courante, et encore moins dans les mouvements lorsque l’on croit qu’il s’agit de faire quelque chose contre quelqu’un (dans un contexte éprouvé comme "martial"). En aïkido, la direction est de parvenir à être plus doux et plus décontracté que l’assaillant. Le troisième axe est donc la décontraction, le relâchement, lesquels ne sont possibles qu’en travaillant la sensation de gravité ou de pesanteur.

Quelques exercices originaux ou spécifiques pratiqués durant cette séance de reprise du 3 septembre :

  • respirer en accordant l’inspir et l’expir aux phases du mouvement (notamment irimi/tenkan. On peut coordonner l’inspir sur irimi, et l’expir sur tenkan, mais on peut aussi inspirer sur irimi/tenkan, et expirer sur le retour irimi/tenkan. Il s’agit ici de l’exercice en katate dori, face à uke.) La respiration est abdominale, basse, mais libre, pas contrainte, pas artificiellement poussée vers la bas (sauf au début peut-être, ou dans des exercices préliminaires, mais ensuite la respiration ne doit pas être forcée ; au contraire, elle sera libre, mais toujours dans la zone basse, ventre/bas-ventre. Mais ce n’est pas un dogme : si soudain la respiration doit monter, s’il faut prendre soudain une grande inspiration et gonfler le haut des poumons, si cela vient spontanément, laissez faire ! Ensuite la respiration redescend : le bas des poumons doit être vivant, l’air doit y circuler. L’inspir se fait par le nez et l’expir aussi ; sauf quand le corps a besoin d’expirer plus vite, alors l’expir se fera naturellement par la bouche.)
  • conserver un simple contact : considérant qu’il fallait réduire voire souvent effacer tout martialité dans les exercices sensitifs, je fais travailler mes élèves en simple contact. Ainsi, par exemple en katate dori, on ne saisit pas : les mains sont en simple contact. Uke a pour consigne de garder un contact délicat mais constant avec la main de tori. Tori va évoluer doucement et lui aussi garder le contact. Pas de saisie ! Ceci évite que l’attention et les émotions  ne se bloquent et qu’un stress n’apparaisse. Il n’y a pas d’autre enjeu de que garder le contact et de respirer ! Je l’ai dit : pratiquez cela comme une danse, et non comme un art martial. A cette différence qu’il n’y aura pas de mouvement esthétique "pour faire joli". Ce qui conduit au point suivant : la gravité.
  • ressentir la gravité, la pesanteur : le bas du corps est "comme un ours", lourd ; tout le poids du ventre, des viscères, des hanches, des cuisses, des os, tombe dans le sol, attiré par le centre de la Terre (et ce n’est pas une métaphore, mais bel et bien une sensation physique concrète à ressentir pleinement). Au début, on pourra traîner les pieds sur le sol ; mais ensuite on marchera "comme sur des œufs". Ici, un paradoxe sensitif et technique : comment être lourd comme un ours, tout en marchand sur des œufs, ce qui demande précaution et légèreté (l’idée étant de ne pas écraser les œufs frais) ? Il s’agit d’être pesant, mais délicat. Comme un ours sur des patins (à glace, ou des patins en feutre, pour ne pas rayer le parquet).
  • ressentir la légèreté du buste et des bras : si le bas du corps est pesant, enraciné, mais néanmoins mobile, le haut du corps est plus léger, libre, comme un végétal dont le branchage frémit, ou comme une fleur qui s’ouvre. C’est la sensation du  vent et du feu, tandis qu’en bas, c’est la sensation de la Terre. Honnêtement, je pense que la danse nous serait d’un grand bienfait : elle nous démartialiserait, car elle libère tout le corps (je parle de la danse dite contemporaine, car la danse "classique", elle, contraint le corps en des formes imposées). Nous cherchons parfois dans un art martial ce que seule une autre pratique peut nous donner, précisément une pratique non martiale. Pourquoi ? Parce que le secret des arts martiaux (si l’on veut qu’il y en ait un) n’est pas martial; ce secret tient à la liberté de mouvement du soma, ce système vivant où interagissent: corps/respiration/émotions/esprit. Il n’y a que dans une pratique non utilitaire, non instrumentalisée, que l’on peut (re)trouver cette liberté. Capoeira, danse haka du Pacifique sud, derviches tourneurs, kagura maï japonais… voilà des preuves. Mais l’aïkido possède intrinsèquement cette dimension précisément non martiale, où tout l’exercice de soi consiste à libérer le corps, le mental, sans autre objectif que cette libération. Desserrer l’étreinte de la volonté pour que le corps vive.
  • prendre confiance en l’autre : B se met derrière A, en posant les paumes de ses mains sur le haut de son dos. A, tout droit, bras le long du corps, se laisse tomber en arrière, B retient sa course environ 2 à 3 centimètres en arrière (B est toujours en contact). Puis 6 cms, 10 cms, 20 cms, 30 cms… (pas trop bas pour que A ne déstructure pas sa position droite). Même exercice mais sans contact de B sur le dos de A. B se laisse tomber, et progressivement A le retient à 2, 6, 10, 20, 30 cms. Même exercice, mais cette fois A ne sait pas à quelle distance B va le retenir.  Précision : après l’avoir retenu, à chaque fois B pousse A pour l’aider à se remettre en position verticale.

Nous avons mis en œuvre les principes de contact continu et sans saisie, de respiration libérée, de gravité par relâchement, de légèreté du haut du corps, de douceur d’ensemble et de confiance réciproque sur katate dori kote gaeshi ainsi que sur chudan tsuki naname (ou irimi)

Ah, encore une dernière chose : ces bons principes n’ont aucune raison d’être limités à l’espace du dojo, ni même à un contexte martial ou à un contexte sportif ou esthétique (de danse, par exemple). Ces bons principes peuvent être expérimentés et éprouvés à tout moment de la vie quotidienne.

Par exemple : comment est votre respiration quand vous serrez la main ou faites la bise à quelqu’un…? Au volant de votre véhicule, êtes vous "dans les épaules", un peu contracté ou crispé sur le volant, ou bien d’abord dans la sensation de pesanteur, bien calé dans votre siège avec une nette sensation d’attraction terrestre (ce qui a pour effet de décontracter les muscles des bras et des mains) ? Et en marchant, votre poids de corps tombe-t-il plutôt un peu en avant, ou un peu en arrière, voire de côté ? Et votre regard (dont j’ai oublié de parler ci-dessus, mais j’y reviendrai), que voit-il ? Juste ce qui est devant vous… ?

Octobre 2012 : les tensions du travail

J’ai à peine hésité à intituler ainsi ce mois. C’est le thème. Tous les "jobs" sont-ils ainsi ? Le travail produit-il autant de tensions, de mauvaises mémoires dans le corps ? Le soma va-t-il s’en sortir ? Faut-il attendre la retraite pour vivre comme un chat ? Est-ce possible avant et à quelle conditions ? L’aïkido est aussi un instrument métrologique : il me permet de mesurer où j’en suis, l’ampleur des… dégâts ? L’ampleur de l’emprise de la productivité, la fatigue, physique et morale. Principe : si l’on ne se recharge pas en énergie dans son travail, c’est que ce travail ne porte pas ses fruits, ou qu’il ne porte pas de fruits perçus comme viables, c’est qu’il n’y pas en retour la dose nécessaire de "reconnaissance" qui légitime moralement et vitalement l’énergie dépensée. La reconnaissance peut venir des choses elles-mêmes, pas nécessairement d’une personne (supérieur hiérarchique ou autre). Il faut que le réel réponde. Si ce n’est que l’écho de sa propre voix… Alors imaginez quand il n’y a pas d’écho du tout. Je ne parle pas spécifiquement de ma propre situation, elle n’est pas catastrophique… elle est seulement disons… "tragique". Car enseigner, dans le système scolaire, aujourd’hui, pour peu que l’on ait de la conscience, une conscience sociale, humaine, cosmique (allons-y franchement), ne "rime" pas à grand chose, hélas, mille fois hélas. C’est un peu comme de jeter des pierres dans un puits. Quels rapports avec l’aïkido ? Tout ! J’ai envie de dire absolument tout ! Justement, l’aïkido me permettant de mesurer, avec parfois une grande précision, le niveau non pas de mon moral mais de mon énergie somatique et de mon énergie… spirituelle (allons-y encore, mais comment appeler "ça" autrement ?) je peux dire que mon boulot, un peu, pas mal parfois, et d’autres boulots, beaucoup, nous "pompent" littéralement notre existence, notre énergie vitale, notre énergie à vivre, notre vie, comme le fourmilier aspire les fourmis et vide la fourmilière avec son nez en trompe ! Seuls ceux qui n’ont aucun moyen de mesurer l’ampleur de leur dérive du côté du Néant sont – peut-être – heureux ? Qui sait… Mais je crois plutôt qu’ils sont anesthésiés, volontairement parfois ; ou abrutis, par tous les moyens qu’on leur fournit pour s’abrutir (toutes les drogues de l’âme). Alors voilà, l’aïkido – pour moi c’est mon aune – me met en demeure de réagir, en demeure d’agir, en demeure de réforme, en proximité de ré-évolution. Y a-t-il une âme dans nos corps ? "Oui !" C’est en criant oui ! qu’il y a une âme !

Novembre 2012 :

Le mois de novembre est passé à la vitesse de l’éclair. La dernière semaine a été consacrée à des révisions de techniques en vue des passages de kyu. Le mercredi 28, nous avons reçu Jean-Marc PRIMAULT, un ami aïkidoka, et surtout pratiquant de iaïdo, de kenjutsu et de jodo. Il a nous fait un cours complet d’initiation au ken : tenue du ken, coupes de base, et nous avons même vu un kata de kenjutsu, ainsi que quelques mouvements relevant plus de l’aïkiken. Merci à toi Jean-Marc !

Février 2012 :

Lundi 4 février : Une séance basée sur le relâchement complet, après avoir vu les 50 vidéos de maître Endo… et avoir repris en main un livre sur la marche. Conscience que l’aïkido recherche un état de mobilitié et d’énergie égale à celui de la danse. Rapprochement entre les formes de l’aïkido et celles du tango. Endo parle de atari et de musubi : le point de contact, qu’il faut maintenir dans la dynamique d’un mouvement qui écoute le corps de l’autre. Il n’y a pas d’aïkido possible sans écoute du corps de l’autre. L’aïkido ne consiste pas à faire des mouvements sur l’autre, à lui appliquer des techniques. C’est uke qui applique sur vous sa technique (d’attaque), et vous devez garder le contact, comme du papier collant, jusqu’à le guider par ce contact collant vers un état neutre (au sol… mais pas seulement : si uke s’arrête d’être son mouvement, ou bien s’il ne réattaque plus, c’est fini : il n’y a plus rien à modeler, on s’arrête. Ce peut être la paix.) Il n’y a donc jamais à forcer sur uke. Il faut être dans son mouvement. Le fin du fin c’est qu’il entre dans votre propre espace de paix, construit en creux. Le fin du fin, c’est que tout soit prêt avant pour l’accueillir. Mais en aucun cas il ne s’agit, en aïkido de FAIRE quelque chose sur l’AUTRE. Il n’y a pas à "faire"; et au fond il n’y a pas "d’autre".

2013

Fin octobre 2013

Je n’ai rien écrit ici depuis février 2012. Conserver des notes de séances n’est pas facile. Il n’y a pas toujours grand chose à dire. La pratique demeure agréable, constructive, utile, elle fait du bien aux autres, je le vois. J’en éprouve de la joie, et du bien-être. J’ai connu de sérieux problèmes de dos, en septembre. Je dois réduire mes roulades, mes chutes. Mon "capital dos" a fondu en partie. Ma discopathie dégénérative lombaire est présente depuis la fin de mon adolescence. En aïkido, je peux donc encore tout faire… mais je dois éviter les réceptions au sol. J’évite en ce moment de partir de la position debout : je m’exerce aux roulades à partir de la position à genoux. Cette limitation, ce handicap, m’a beaucoup appris en me faisant nettement sentir mon squelette, comme jamais ! L’aïkido n’est pas une voie pour faire des prouesses : c’est une discipline de préservation de soi et de l’autre. L’aïkido doit être pratiqué avec le "corps d’aujourd’hui". L’aïkido est au service de la survie, de la vie, de l’équilibre ; il n’impose pas une exigence sportive, une exigence de résultats. Ce n’est pas un outil productiviste. Il s’invite dans le corps du jour pour l’aider à se sentir mieux, à s’améliorer, à garder ou trouver la santé. Certains pensent, même sans le dire, que le seul aïkido valable et valide est pratiqué par des jeunes vigoureux, prédisposés à l’exercice physique, voire à la performance sportive. Lorsque j’avais vingt ans, je préférais aussi pratiquer avec des jeunes de mon âge, car ils étaient, en général, plus souples et plus mobiles, physiquement plus disponibles. A presque 49 ans (jeune encore, n’est-ce pas) avec une sérieuse fragilité lombaire qui réduit l’inclination du buste vers l’avant (et un peu vers l’arrière), et un véritable "handicap à la chute", devrais-je pour autant reléguer aux oubliettes mon développement somatique? Certainement pas. J’ai découvert en moi, par la douleur et les limitations mécaniques, la présence de quelque chose qui ne connaît pas ces douleurs ni ces limites. Le jeune est dans la vigueur de son énergie externe ; celui qui avance en âge peut s’arrêter s’il en reste à l’externe… ou bien  poursuivre son chemin de développement s’il se connecte et se consacre à l’interne. Le corps énergétique n’est pas aussi limité que le corps physique. Le corps énergétique, c’est la conjonction entre l’énergie nerveuse, et l’enthousiasme ! C’est le ki en action dans ses canaux, porté par l’élan vital impulsé par l’esprit (ou l’intention, ou la volonté, – selon les terminologies, délicates à manier). Aï – Ki – Do : chemin de développement de soi, avec les autres, consistant à accorder sa propre énergie pour l’accorder à celle de l’autre, dans un mouvement d’unification du corps et de l’esprit. C’est l’exercice vital par excellence, l’enthousiasme non intellectuel par excellence ; ce pourrait être une danse exprimant la joie de vive. Comme c’est une discipline martiale, le paradoxe est énorme, et magnifique: il s’agirait, dans le projet du fondateur, d’un art de la paix, dans un contexte martial – donc agressif, combattif – mais usant des modalités d’expression et d’action d’un art comme la danse. Ce n’est pas pour rien qu’Ô Senseï Ueshiba, le fondateur, pratiquait le kagura maï. Que ceux qui se demandent ce que c’est fassent leurs recherches. (J’en ai déjà parlé à l’occasion sur ce blog.) Comment faire preuve d’autant de joie de vivre et de présence énergétique libre et créative quand votre vie est en jeu ? C’est, pour moi, toute la question de l’aïkido ; c’est tout l’enjeu existentiel de cette pratique qui peut être magnifique lorsqu’elle n’est pas réduite, par l’empire de quelques esthètes gymniques, à une apparence de spectacle, ni coulée dans le dogme monolithique d’une pensée unique crispée sur elle-même et suspicieuse de ceux qui ne pratiquent pas selon ses vues . Ceux qui ont des certitudes, et qui par elles rejettent certains pratiquants ou certains groupes de recherche, voire certaines fédérations, ne peuvent pas être entrés dans l’espace de l’aïkido comme joie de vivre. Malgré des professions de foi réitérées de "pratiquer dans la joie", la tristesse morbide du samouraï se lit sur leur visage fermé. On les sent alors habités de l’absolue certitude d’une légitimité qu’ils ne reconnaîtront jamais à d’autres. Tristesse profonde d’un prétendu partage qui ne partage rien. Sans l’inspiration vitale, qui est, si l’on veut, d’ordre spirituel, de l’ordre d’une prise de conscience de soi au monde, de notre nature vitale éminemment spirituelle, on tombe soit dans l’agitation du corps (fut-elle coulée en des formes gymniques), soit dans sa réduction minimaliste à devenir une forme de néant-qui-tranche-et-c’est-tout. L’efficacité de l’aïkido réside dans l’idéal possible d’une (ré)conciliation ; c’est une efficacité pleinement inscrite dans l’ordre moral, qui parie sur l’existence d’un Bien possible : rester vivant tous les deux ; aider l’autre à se réconcilier avec lui-même, et avec nous  ; se sentir ensuite plus vivants tous les deux. C’est une pratique thérapeutique qui se cache sous les apparences d’un art martial. Mais qui a atteint un tel niveau de maîtrise de l’art ? Qui est capable de produire un tel miracle existentiel et vital ? Et pourtant, hors d’une telle quête, que reste-t-il de l’aïkido de maître Ueshiba ?

Une réponse à Notes de séances

  1. benoit dit :

    Je suis tout à fait en accord avec vos propos, jeune pratiquant de 47 ans , c’est ce genre de ligne de pensée qui m’a décidé à passer la porte du dojo et à prendre tardivement la décision de recoller mon corps à mon esprit, après avoir passé de nombreuses années à regarder par le trou de la serrure ces lignes de pensées et d’actions qui ont influencés chez moi un certain état d’être .Il y a une vingtaine d’années , j’étais encore agile et mon corps était encore un bon outil …. mais bien que ma curiosité ai été importante et mes réflexions bien présentes, je n’étais qu’un jeune "padiwan " énervé et adoptant l’attitude d’une jeune cocker rigolo…. les turpitudes de la vie ne m’on pas forcement laissés l’occasion de me tenir à une pratique physique régulière autre que le vélo et la marche et cela dans un rythme de vie ou les nuits et les jours ont grignotés peu à peu mon outil physique car mon "hygiène" de vie n’était pas en harmonie avec ma façon de voir les choses.
    aujourd’hui je suis un tout petit aikidoka débutant. je souffre d’autant plus au démarrage que comme le disait o sensai , il ne faut pas réfléchir, le corps doit se rompre au travail , après l’esprit prendra sa place … pratiquer encore et encore .j’ai donc un double handicap car le corps laissé à l’abandon depuis de nombreuses années ne suit plus l’esprit ……
    je ressent les mouvements , à mon regard, les cercles des mouvements et le rythme sont comme pré-dessinés dans l’espace , mais le corps n’arrive pas à les suivre ….
    je dois alors réviser mon mental dans une voie d’abnégation et me concentrer sur " ne pas avoir mal " ce qui n’ai pas très efficace pour la fluidité ni l’efficacité des déplacements….
    je comprend donc pleinement vos propos concernant votre travail sur la préservation de vos facultés physiques et le relais mental qui s’associe à ces efforts. Je vous félicite pour ce blog , il sort un peu du commun et participe , pour les lecteurs qui l’apprécieront, à l’enrichissement de notre budo … l’aikido, mais reste aussi valable pour n’importe lequel d’entre nous qu’il pratique un quelconque art martial ou qu’il soit même cycliste , nageur , ou marathonien . Merci

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